Audition en salle obscure

Dès que les lumières s’éteignent, je sens sa main serrer la mienne un peu plus fort. Je ne peux empêcher mes yeux de chercher les siens dans l’obscurité. Je distingue leur éclat luisant et espiègle. De ma main libre, je viens caresser son visage, attraper son menton tout doucement et approcher mes lèvres des siennes.

Sur l’écran, les publicités défilent. Autour de nous, la salle continue de se remplir gentiment sans qu’il y ait grande affluence. Devant nous, une dame râle parce qu’une autre est venue poser son chignon juste devant ses yeux… Mais dans la seconde où ma bouche cueille la sienne, j’oublie tout.

Le geste est doux, d’une tendresse infinie. Qu’est-ce que j’aime l’embrasser ! Partager nos souffles, mêler nos goûts, enlacer nos langues, réveiller ou maintenir ce désir latent, pénétrer nos intimités, même ici, à la pudeur de l’obscurité, dans le silence anonyme des voix publicitaires…

L’embrasser, c’est se promettre de recommencer. Parce que ses lèvres… ses lèvres piquent et brûlent l’encore, ce miel précieux dont on ne se rassasie pas. Il me faut une force quasi surhumaine pour m’en détacher et essayer de reporter mon attention sur l’écran.

Avant de nous décider à venir, elle m’a fait promettre de me tenir tranquille… Non, je ne laisserai pas mes mains assouvir un de leurs fantasmes, non, je ne vais pas profiter du noir pour… Chut… Respirer. Se concentrer sur les images et les sons devant. Ne pas la regarder. Ne pas réagir à ses doigts qui maintenant caressent ma paume, courent sur les miens, portent ma main à sa bouche et… Han…

Quand les lumières se rallument, annonçant le début imminent du film, j’ai déjà oublié ce que nous étions venues voir. Les spots me dévoilent son regard surpris, consciente d’être prise en flagrant délit de provocation intolérable. Le sourire qui fend alors son visage me retourne complètement. Ses yeux deviennent un véritable brasier et je sens la raison m’abandonner complètement.

Sans qu’un mot ne soit prononcé, elle fait un tour d’horizon de son regard ardent, puis revient planter ses yeux dans les miens, poignardant ainsi le peu de volonté qui tente de subsister en moi… D’une main tout sauf innocente, elle vient lentement défaire un bouton de sa chemise, dévoilant le relief délicat de sa poitrine. Quand ses doigts s’affairent au bouton suivant, la lumière s’éteint à nouveau. Elle ne se rallumera pas de sitôt.

Il ne faut qu’une fraction de seconde à mes yeux pour s’habituer à l’obscurité. Je devine avant de voir qu’elle continue de défaire ses boutons, sans hâte. Ses yeux ne quittent pas les miens et son menton se soulève légèrement, dans un air séditieux. Le désir me fige totalement. Je comprends que mon visage, trop expressif, oscille entre incompréhension et fascination, qu’il trahit mon éblouissement apathique.

Quand elle saisit ma main, je ne sursaute pas, je n’ai pas peur. Je sais ce qu’elle va faire, et ça m’excite tellement que j’en oublie de lui sourire. Mon regard planté dans l’intensité insoutenable du sien, je la laisse porter ma main entre les pans de sa chemise et la poser gracieusement sur son sein fier. Le contact de ma paume sur son téton déjà durci de désir lui fait fermer les yeux.

C’est à ce moment-là que je réalise… que je sais qu’on ne s’arrêtera pas. Qu’on ne le peut plus. Que j’en suis incapable. Quand elle ouvre les yeux, mon regard vient lui crier cette certitude. D’un acquiescement à peine esquissé, elle m’offre ses lèvres à nouveau. Cette fois, notre baiser se fait envahissant, urgent, presque bruyant. Heureusement, les haut-parleurs nous couvrent en crachant des sons que je ne cherche même pas à identifier. A cette minute, il n’y a plus rien que nous : ma main qui se referme sur son petit sein et ma langue qui danse avec la sienne.

L’accoudoir va nous gêner… il me gêne déjà. Il m’empêche de sentir son corps contre le mien. Mais rien n’est véritablement un obstacle entre nous et notre désir. Ma main parcourt avidement sa poitrine, allant et venant d’un sein à l’autre, se risquant sur la peau soyeuse de son ventre chaud, explorant la vallée vertigineuse de sa hanche. Je veille tant bien que mal à ne pas la dénuder, et comme je la sens qui scrute autour, d’un regard inquiet, je la recouvre de ma veste avant de me recentrer consciencieusement sur mes caresses dévouées.

Son corps appelle mes mains, en permanence. Quand je la touche, j’ai l’impression de respirer à ce contact. Sa peau, c’est… ça n’est pas une nécessité, non, pas un élément vital dont la perte serait fatale… mais plutôt une quête, le sens d’une vie, sa valeur.

Quand nous nous éloignons une seconde pour retrouver nos souffles, je peux lire que chez elle aussi, le désir a pris le pas sur la raison. Cette fois-ci, c’est moi qui, d’un geste très lent, mon regard planté dans le sien, guettant un éventuel mouvement de panique dans ses yeux, descends ma main jusqu’à sa ceinture.

Elle ne sourit pas quand je tire sur la boucle, elle s’impatiente presque… Son regard est grave, profond, si sérieux que mon cœur s’emballe plus fort encore. D’une main habile, elle vient elle-même déboutonner son pantalon et glisser ma main à l’intérieur. Je me saisis de son sexe à travers la culotte et le presse fermement, lui arrachant une expiration un peu trop audible.

Je suis tellement excitée que j’ai l’impression d’être sur le point d’exploser. Pourtant, je continue, mes yeux toujours plantés dans les siens, diablement pétillants malgré l’obscurité. Mes doigts, curieux, jouent une minute avec l’élastique de sa culotte avant de s’y engouffrer lentement. L’humidité que je rencontre alors me galvanise encore.

Quand je rentre en contact avec son clitoris, je sens son corps entier réagir, et sa main bouillante vient presser plus fort sur la mienne. Je suis bien au-delà de la fièvre. Dès lors que mes doigts entament une caresse régulière et langoureuse, un voile subtil se pose sur son regard. Les yeux toujours fixés sur les miens, sa bouche s’ouvre et se referme à peine au rythme de mes doigts.

Sait-elle au moins à quel point elle est belle ? A quel point elle me bouleverse ?

Je ne résiste pas, il faut que je l’embrasse encore. Comme j’approche ma tête de ses lèvres, elle s’en saisit et me retient, à quelques centimètres à peine. Son regard se durcit brusquement et dans un souffle, elle me murmure presque douloureusement un « Viens » brûlant. Sa main vient attraper mon poignet et m’enfoncer un peu plus loin entre ses jambes, qu’elle écarte lascivement.

Deux de mes doigts s’insinuent en elle sans difficulté, mais son pantalon m’empêche d’aller bien loin. Je n’ai pas le temps de m’en plaindre silencieusement que, d’un coup de reins, elle se soulève et de ses mains impatientes, elle le fait glisser jusqu’à mi-cuisse. Son geste et sa rapidité d’exécution, sa hâte, me coupent le souffle. Nerveusement, elle réajuste la veste sur elle, pour recouvrir au mieux les… preuves accablantes de son impétuosité.

Ses yeux incendiant à nouveau les miens, elle me répète un muet « Viens » que je veux exaucer au plus vite. Je me penche alors complètement contre elle et enfonce mes doigts aussi loin que possible, sans perdre une miette du spectacle de son regard, de sa bouche qui s’ouvre à nouveau, toujours aussi muette mais si… expressive. Autour de mes doigts, son sexe enfle et ruisselle. Son corps entier se tend et sa main vient à nouveau presser mon bras à travers la veste.

Lentement mais intensément, je la pénètre aussi profondément que possible. Le plaisir qui monte en elle, monte en moi de façon quasi symétrique. Je sais que je ne réalise pas ce que nous sommes en train de faire, et je m’en moque royalement. Tout ce qui compte pour l’instant, c’est ce plaisir ascensionnel. Sa respiration se fait de plus en plus bruyante, mais par chance, le film la couvre. De ma main libre, je viens chercher un de ses seins, toujours sous le couvert de la veste, et je le pétris fort. Une image particulièrement claire sur l’écran vient illuminer son visage et je vois son regard, totalement brouillé à présent, ses traits, si reconnaissables à l’approche de l’orgasme…

J’accentue alors mon geste, devinant sa jouissance imminente, quand soudain, le silence se fait dans les haut-parleurs. Eux qui déversent depuis plusieurs minutes un brouhaha incessant, subitement, se taisent. A l’écran, un paysage défile très lentement. Inquiète de sa réaction, je suspends alors mon geste pour ne pas qu’elle ait à réfréner… si ce ne sont ses cris, du moins sa respiration.

Ses yeux se font plus noirs que jamais et d’un mouvement sec de sa main sur mon bras, elle poursuit elle-même les va-et-vient de mes doigts. Je suis sciée de voir, de sentir alors son plaisir exploser dans un silence absolu. Elle ne respire même pas, elle… jouit. Elle jouit si merveilleusement, si silencieusement que c’en est presque incroyable. Une note de piano retentit dans les haut-parleurs, et bien vite, Chopin résonne dans toute la salle, libérant son souffle.

Les saccades de sa respiration font alors écho aux spasmes des parois brûlantes de son sexe autour de mes doigts. Dans ses yeux, une infinité d’émotions contradictoires, troublantes, jubilatoires. Je n’arrive pas à y croire. Son plaisir est si… étourdissant !

Quand sa main cesse d’elle-même le mouvement, je reste en elle quelques instants, ivre de sa chaleur, de la douceur suave de son antre. Ma tête se pose contre sa poitrine et vient écouter les battements puissants et accélérés de son cœur. Quand je les sens s’apaiser, je redresse ma tête et viens cueillir ses lèvres de ma bouche. En m’embrassant, elle sourit.

Je la regarde et je souris à mon tour. Nous devons réprimer une soudaine et furieuse envie de rire. C’est délicieux. Lentement, j’ôte mes doigts de ses profondeurs veloutées et les glisse entre les lèvres toutes gonflées de son sexe.

Comme si elle réalisait alors où nous étions, elle retire gentiment ma main et d’un nouveau coup de reins, elle remonte son pantalon. D’un geste sûr et rapide, elle le referme et boucle sa ceinture, le tout sous ma veste, complice.

Je suis presque déçue que ce soit déjà fini.

Fini ? Ca n’est pas ce qu’insinue son regard… Il se pose à présent sur ma poitrine… Puis entre mes jambes… Sa langue vient humidifier sensuellement sa lèvre inférieure, ne laissant que peu d’espace aux présomptions sur ce qui va suivre… Déjà, elle me recouvre amoureusement de ma veste… Déjà, elle glisse  une main sous…

Mouahahahahaha !!! Machiavélique...

Mouahahahahaha !!! Machiavélique…

Bon, en fait, je dois présenter mes excuses... on sait bien que le cinéma, pour nous, c'est plutôt ça...

Bon, en fait, je dois présenter mes excuses… on sait bien que le cinéma, pour nous, c’est plutôt ça…

Ou ça (si, si !!!)...

Ou ça (si, si !!!)…

Ou ça...

Ou ça… Alors, je demande pardon à tous ceux ou celles que mes écrits auraient… déçu ou choqué… inutile d’en rajouter d’ailleurs, tiens !

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36 réflexions sur “Audition en salle obscure

  1. Caro dit :

    Mais mais c’est très bien pourtant, c’est si haletant, chaud et sensuel que laisser tes lectrices dans l’attente est purement et simplement du sadisme 😀
    (je comprends pourquoi La vie d’Adèle t’a plu :D) Bien sûr tout ceci n’est que fiction 😉

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  2. gwen dit :

    J’ai forcément des souvenirs et des images qui me bombardent la tête et le corps (règle n° 5 : se débrouiller pour ne jamais avoir une ex (craquante) qui écris des nouvelles z’érotiques). Ta plume est peut-être un peu rouillée selon toi, mais elle n’a pas perdu de son « efficacité ». Sans doute a t-elle murie aussi. Très jolie nouvelle.

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  3. Fennec dit :

    Mmm… Ça donne envie de retourner au cinéma… Certaines ont de la chance…
    La mienne, c’est de te lire enfin à nouveau, @pucedepoesir ! Ça fait plaisir de retrouver ta belle écriture, jamais rouillée – comme l’épée de Cyrano -, surtout dans ce registre où tu excelles.
    Si j’ai bien compris, rien ne sert de te supplier pour obtenir une suite : tu te montres inflexible aux plus aimables requêtes… Contentons-nous donc de la fantasmer…

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  4. bellalovemygirl dit :

    Wow !!! toujours un plaisir, pardon non surtout du plaisir à lire,
    J’aurais du faire çà avec ma chérie devant la  » vie D’Adèle » j’aurais peut être aimé le film.
    Et non ta plume est pas rouillée elle est  » sein » plement ….. 😉

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  5. Soon dit :

    Je suis actuellement en train de lire un livre lesbien qui n’arrive pas à la cheville de toutes tes histoires aussi belles les unes que les autres. Lorsque je lisais mon livre je me demandais justement quand est-ce que j’allais pouvoir relire une nouvelle érotique de ta part…

    P.S: Tu peux m’ajouter à ta longue liste de tes fans… Mais c’était peut-être inutile de le rajouter.

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  6. Cam' dit :

    Je sais en te lisant que je ne serai pas déçue … Le choix des mots, leur subtilité et l’imagination, tout y est, ta plume est loin d’être rouillée ! Keep going !

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  7. Dear Tangerine dit :

    « J’ai l’impression d’être un peu rouillée de la plume érotique…  »
    Alors, dans ce cas là, il ne faut pas hésiter à venir la plonger dans de l’antirouille… je te laisse imaginer. : )
    Ma phrase favorite > « Déjà, elle me recouvre amoureusement de ma veste… » j’y ressens là à travers cette complicité tellement d’émotions.
    Mais aussi, je suis sensible à la touche d’humour en images encerclant (habillant?) l’échange passionné, intime, l’exploration charnelle dans du clair-obscur que tu nous contes, faisant alors ressortir à travers cette présentation, une certaine réserve de son auteure, ce qui me fait sourire.

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  8. Soare dit :

    Votre plume est décidément une pure découverte inlassablement désireuse de plaisirs à chaque instant dans vos récits.
    Merci encore pour ce si beau moment fugace… et pourtant si vivant.

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