APPRENDS-MOI… (chap. 7)

Chapitre 1

Chapitre 6

Il y a comme un brin d’euphorie dans l’air. Je n’ai jamais consommé la moindre substance illicite, c’est à peine si j’ose une bière de temps en temps, et pourtant, je suppose qu’on doit ressentir à peu près ça quand on est grisé par l’alcool. Ou peut-être certaines fumées, allez savoir…

C’est une curieuse impression de flottement, comme si le temps passait au ralenti et en accéléré simultanément. La tête me tourne, je sens mon sang affluer dans mes veines et son rythme régulier et profond me berce et me tient éveillée.

Rentrer chez moi, prendre une douche en me débarrassant des résurgences de pilosité inopportune, m’habiller sobrement mais efficacement, prendre quelques minutes pour me maquiller, sans faire plus que pour une journée de cours, chercher à rester moi tout étant aussi à mon avantage que possible… Ne surtout pas en faire trop… Et tout à coup, une question philosophique : que dois-je lui apporter ? Des fleurs ? Trop couru. Des chocolats ? En cette saison de Noël, trop vu. Une bouteille ? Je ne bois pas et n’ai pas envie qu’elle soit éméchée. Je la veux consciente et consentante. Un poisson rouge ? Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice. Un livre ? Evidemment, un livre.

En quête de la perle rare, je promène mon regard le long de mes étagères. J’aime offrir des livres qui ont déjà vécu. Le seul problème, c’est que j’ai bien du mal à me séparer d’un livre que j’ai aimé, et que je ne peux décemment pas en offrir un qui ne m’a pas accrochée. Je me tourne tout naturellement vers la poésie et mon œil est arrêté par un titre, une couleur… Des textes de Paul Eluard illustrés par Man Ray : Les Mains Libres. J’ai adoré ce recueil. Et comme paradoxalement j’aimerais bien occuper mes mains ce soir, je me dis que mon choix est fait. Rapidement, je griffonne une dédicace à l’intérieur de mon plus beau stylo rouge.

En claquant la porte de mon appartement, je ne peux m’empêcher faire un vœu : « Pitié, faites que je ne rentre pas cette nuit… » !

Il est 17h58 quand j’arrive dans sa rue. Je déteste être en retard mais être en avance peut être tout aussi désagréable. J’avance donc très lentement jusqu’à l’entrée de l’immeuble. A 18h précises, mon doigt presse le bouton de l’interphone qui porte son nom. Les quelques secondes d’attente sont insoutenables. J’en tremble presque et sens tout à coup une bouffée de chaleur monter à mes joues et irradier dans tout mon corps.

Des crépitements dans l’interphone me font sursauter. « Oui ? », me demande sa voix légèrement déformée. Comme je m’annonce en essayant d’articuler, j’entends le verrou électrique de la porte se déclencher ainsi qu’un « Quatrième gauche » machinal.

En passant la porte, je suis surprise par le silence qui règne dans le bâtiment. Le hall est chaud, propre et terriblement calme, ce qui marque un contraste perturbant avec le tremblement de terre qui me secoue intérieurement. Ouvrir l’ascenseur et monter dans cette petite cage encore plus close, encore plus calme, encore plus lumineuse me fait prendre une grande inspiration. Non, je ne paniquerai pas. Non je ne suis pas si faible. Elle n’est qu’une femme. Une belle femme, certes, mais je ne la connais pas, elle ne me connaît pas non plus. Je dois temporiser. Relativiser. Rationaliser.

Quand les portes s’ouvrent sur l’étage fatidique, j’ai repris la maîtrise de mon corps, mis de l’ordre dans mon esprit, et c’est d’un pas tranquille que je vais frapper à la porte de gauche.

« J’arrive ! »

Sa voix vient de loin, elle est probablement à l’autre bout de l’appartement et j’entends son pas précipité approcher de la porte. Je racle ma gorge, ajuste ma veste, et quand la poignée s’abaisse énergiquement, elle apparaît.

Ses cheveux sont détachés et tombent follement sur ses épaules. Quelques mèches se sont glissées dans le décolleté vertigineux de sa chemise. Si elle est essoufflée, elle essaie de le cacher et son sourire accueillant se fige à ma vue, comme si elle s’apprêtait à dire quelque chose de chaleureux, et tout à coup… le silence. Ne sachant pas quoi dire, je lui souris timidement, ne perdant pas une miette des micro-expressions de son visage. Son corps tout entier s’est immobilisé, seuls ses yeux frémissent. Ils parcourent l’ensemble de ma personne, s’attardant ici ou là, trahissant un désir saisissant. Les miens sont rivés sur sa bouche. Ils s’y sont accrochés et refusent de m’obéir. Je n’ose quasiment plus respirer.

Temporiser ? Relativiser ? Rationaliser ? Si je ne peux pas l’embrasser dans les trois secondes, je vais mourir, c’est sûr.

En supplice ultime, sa langue vient humecter sa lèvre inférieure et dans un raclement de gorge, elle me tend enfin une main pour m’inviter à entrer. Ses doigts sont chauds, les miens me brûlent. Retrouver sa peau, c’est réaliser le temps perdu loin de sa caresse. Nos mains s’étreignent, elle pivote pour me laisser passer et referme la porte derrière moi. Je ne l’entends pas claquer, je suis déjà dans ses bras, sa bouche posée sur la mienne, emportée par notre baiser.

Ce que j’entends en revanche, c’est une petite voix enfantine crier « Maman ! » derrière nous…

Chapitre 8

ET UNE BONNE ET BELLE ANNEE A TOUTES ET TOUS !!!

37 réflexions sur “APPRENDS-MOI… (chap. 7)

  1. sand dit :

    @pucedepoesir Merci. Très sensuel tes écrits, j’adore.!! Juste ce qu’il faut pour nous mettre en ébullition intérieure 😉
    Quand tu auras fini de nous les partager, je pense que tu devrais l’envoyer à un éditeur , vi vi .
    Dans un recueil de nouvelles féminines, il y a un texte érotique que je posterai un de ces jours….Il se nomme « affemmées ».

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  2. pucedepoesir dit :

    Me suis étranglée avec mon thé @Sossourires !! Après ces années de lutte… Un tout petit inconvénient et toutes tes convictions volent en éclat ?! 😀 Ça sent le vécu, ça… 😀 😀 😀
    Merci @Sand38 , mais perso, pour l’instant, je ne me sens pas vraiment publiable. Je travaille sur… autre chose. Mon format « nouvelles », je le réserve en exclusivité à Yagg et à ses lectrices-lecteurs ! 😀 😉
    Affemmées ? Ça donne faim. 😉

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  3. sand dit :

    @pucedepoesir
    Oui Affemmées donne faim ;)….
    C’est une nouvelle érotique , assez cru j’avoue mais tellement vraie dans l’expression des sentiments, du désir…., du plaisir partagé….Et très bien écrit.
    Enfin c’est mon avis .

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  4. soize dit :

    WOW ! joli ! Mais, temporiser … temporiser …! vous en avez de bonnes, vous !!!!
    bon, en attendant, je vais peut être feuilleter un recueil de poèmes… bonsoir.

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  5. Fennec dit :

    La « poésie sexuelle », oui @Caro, j’adore ! 😀
    @pucedeposesir, en fait, j’ai tout compris et je t’ai enfin percée à jour : tout ce que tu veux, c’est jouir du plaisir d’entendre les gémissements de frustration – fussent-ils virtuels – de tes camarades. C’est pas bien ça, pas bien du tout ! Mais si tu crois que je vais te supplier de nous donner une suite érotique à cette histoire, tu rêves. Dorénavant, je jouerai l’indifférence : non, non, je ne guette absolument pas cette suite, j’ai définitivement renoncé à l’espérer, d’ailleurs ça ne m’intéresse plus. (Je pense avoir atteint le summum de la crédibilité, là, non ?)
    En vrai, j’adore cet épisode, je me demande s’il n’est pas le meilleur…

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  6. niania dit :

    Perso, ça m’étonne pas plus que ça… Ça aurait été trop évident si elles avaient pu le faire aussi… Simplement, profondément… 😉
    Bon l’enfant, ça refroidi quand même… C’est un obstacle conséquent que tu leur infliges tout de même. 😛

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  7. chouch1 dit :

    Sourire….. Des doigts gelés et une belle et douce suite… Mais un peu trop courte à mon goût …! Encore du plaisir,de l’envie,et un huitième épisode pour l’évasion finale…

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  8. emotional dit :

    J’avais complètement oublié ton histoire :’D Ah lala…et dire qu’avant je guettais la suite :p
    En tout cas, j’aime toujours autant tes écrits :*

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  9. txxarlyy dit :

    Pour moi, vous lire c’est imaginer ! Et « imaginer c’est choisir ».
    Choisir de lire, de regarder, d’écouter, de se nourrir de belles choses car « il n’y a pas un millimètre du monde qui ne soit savoureux » ! Faut-il le rappeler ?… La nature humaine fait selon moi aussi partie de ces choses savoureuses même si parfois on est face à des atrocités.
    Au vu de l’actualité et pour rester fidèle à J.G. « Le poète doit être un professeur d’espérance »
    Merci de ne jamais vous arrêter ! 🙂

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  10. Soare dit :

    Je suis arrivée grâce à une amie sur ce blog, qui m’a venté les mérites de tous ces écrits érotiques lesbiens. J’ai parcouru pas mal de pages avant de me décider à commenter.
    Je voulais tout d’abord vous remercier, merci vraiment pour cette si belle plume. Vous lire est un réel plaisir.
    J’espère que vous n’arrêterez pas d’écrire, vraiment.
    Parce que le temps on l’a lorsqu’on le prend.
    Parce que l’écriture n’a pas d’âge tout comme l’amour ou même l’envie.
    Parce que votre écriture en réjouis plus d’un.e autour de vous
    Parce que vous ne devez pas sous-estimer votre si joli talent, très riche et… subtil.
    Parce que toute cette sensualité, cette douceur, cette sensibilité, cette tendresse… et tout ce que vous partagez à travers chaque lettre, chaque mot, chaque phrase, est source d’un plaisir insoupçonné.

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  11. pucedepoesir dit :

    Euh… Merci @Soare 😀
    Je ne compte pas arrêter définitivement d’écrire, hein… Il y a certaines périodes de notre vie qui sont plus ou moins propices à nos loisirs. Ecrire sur et pour Yagg est un plaisir… mais ne me fait pas manger ! 😀 (Oui, oui, je peux être bassement matérialiste, parfois… 😉 )
    Merci pour tous ces compliments et merci d’avoir décidé de commenter ! Rien ne saurait être plus encourageant !

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    • Soare dit :

      Qui vous dis que vous ne pourriez pas vendre vos nouvelles… en un recueil érotiques lesbiens?…
      Je suis sûre qu’ils pourraient se vendre comme des Ptis pains !
      Je vous remercie pour votre réponse.
      Et à très bientôt, j’espère…

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  12. pucedepoesir dit :

    Vous préférez payer @Soare ? Je peux vous donner mon RIB 😀 😀 😀 (euh… je plaisante, hein…)
    C’est gentil, mais j’aime trop mon boulot 😉
    (pour l’instant en tout cas… ils finiront bien par me rendre chèvre… une chèvre dépressive parmi tant d’autres… et là, il me sera impossible d’écrire quoi que ce soit d’érotique, ce sera trop tard, ma carrière de plume lesbienne sera définitivement ruinée… DIANTRE !!!)

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  13. Soare dit :

    Je ne parlais pas de faire auteure de recueil de nouvelles érotiques toute votre vie, mais simplement de recueillir tous vos écrits à votre actif, et en faire votre propre livre… Avant que vous ne deveniez, je cite : « une chèvre dépressive »… même si un talent, ici l’écriture, ne se perd JAMAIS, il se réinvente au fil du temps et des années…
    PS: ce n’est pas avec ce que je gagne que je peux donner quoi que soit à qui que ce soit… sauf éventuellement acheter votre recueil !

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  14. pucedepoesir dit :

    Raaaaaaah ! Voilà tous mes espoirs de richesse foudroyante qui tombent à l’eau…. 😦
    Encore une fois, merci pour vos encouragements, mais si je dois publier un jour (ce qui n’est pas exclu, après tout), ce ne sera sans doute pas un recueil de nouvelles (d’ores et déjà impudiquement livrées à vos lectures virtuelles)… J’envisage… autre chose ! 😉
    (Economisez donc un peu, vous aurez peut-être l’occasion de me faire manger un jour ! 😀 )

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