Du côté de chez soi (partie 10)

Précédemment…

XVII

            La sonnerie du réveil les surprit à l’aube. Machinalement, Raphaëlle attrapa son téléphone et coupa l’alarme alors que Camille grognait. Comme la jeune femme s’apprêtait à se lever, elle se retrouva très vite plaquée contre le matelas, maintenue fermement par deux bras vigoureux. Une tête rousse émergea de sous la couette.

– Pourquoi tu as mis le réveil ? Si tu envisages sérieusement d’aller bosser aujourd’hui, je te vire !

            Camille surplombait Raphaëlle, dans l’expectative. Ses cheveux, qui lui tombaient sur les yeux, ne suffisaient pas à dissimuler le regard noir qu’elle lançait à son amante. Celle-ci ne put s’empêcher de sourire.

– Il faut que j’aille aux toilettes, répondit-elle gentiment.

– Et tu as besoin de mettre un réveil pour ça ? Ne crois pas que tu vas t’en tirer à si bon compte…

            Raphaëlle était sur le point de présenter ses excuses pour avoir oublié d’enlever la sonnerie automatique, mais le frottement de la cuisse de Camille contre son sexe lui fit perdre le fil de ses pensées. En plongeant son regard entre elles, Raphaëlle posa ses yeux sur les seins nus de sa taulière. Celle-ci reconnut immédiatement l’éclat du désir et se fendit d’un sourire victorieux. Comme un chat conscient de sa félinité, Camille coula de tout son long sur le corps chaud et vibrant de Raphaëlle. Leur baiser ne fut pas un « bonjour », mais bel et bien un « encore » !

            Raphaëlle, d’un mouvement de hanche, fit basculer Camille et se dressa à son tour entre ses jambes ouvertes. De la pointe tendue de ses seins, elle effleura le visage de sa compagne avant de les laisser rejoindre sa poitrine. Quand leurs bouches se retrouvèrent une nouvelle fois, ce fut à la cuisse de Raphaëlle d’écarter les lèvres gorgées de volupté de Camille. La belle rousse gémit dans la bouche de Raphaëlle pendant que ses mains se refermaient sur ses fesses.

            Déjà, le bassin de Camille commençait à frémir pour écraser son sexe contre la jambe de Raphaëlle. Les yeux fermés, elle appelait son désir et s’abandonnait au corps envoûtant de la jeune femme. Elle savait qu’elle n’aurait pas à attendre longtemps. L’union de leurs deux corps n’était que plaisir. Un plaisir explosif, continu et inaltérable. Cette nuit à ses côtés n’avait été que plaisir. Elle sentait d’ores et déjà les vagues de sensualité écumer sous sa peau. Elle voulait ses mains, sa peau, sa langue, elle voulait ce qu’elle connaissait déjà et ce qui lui restait à découvrir. Elle trépidait d’envie et d’impatience.

            Quand Raphaëlle se raidit et prétexta une envie pressante avant de se lever brutalement et de disparaître dans la salle de bain, Camille crut qu’elle allait la tuer. Elle rugit de rage et se laissa retomber sur les draps inassouvis.

            Alors que le rythme qui soulevait sa poitrine se calmait peu à peu, elle observa les contours blancs de son corps. Ceux-ci contrastaient grandement avec le coton taupe qui recouvrait le lit de Raphaëlle. Du bout du doigt, elle traça ses propres courbes, caressant ses formes, inspectant ses creux. Pour la première fois de sa vie, elle eut la curieuse impression d’apprécier ce qu’elle voyait. Celle qu’elle était. Elle avait toujours été consciente de ses imperfections, mais brusquement, elle réalisa à quel point elle était désirable, et désirée. Oh, bien sûr, Lucas l’avait toujours trouvée très attirante, et il n’était pas le seul. Il avait toujours loué ses seins ou ses fesses. Il l’avait toujours regardée avec envie et passion, du moins dans les premiers temps. Mais son regard amoureux n’avait paradoxalement fait qu’accroître les complexes de Camille. Elle ne trouvait aucune explication rationnelle à ce phénomène, pourtant, avec Raphaëlle, tout était différent.

             Dans la salle de bain, elle entendit un robinet couler longuement après la chasse d’eau. La jeune femme se lavait, sans prendre le temps d’une douche. Camille savoura cet instant mi impatient, mi pondéré. Oui, avec Raphaëlle tout était différent. C’était avec une femme qu’elle se sentait plus femme que jamais. C’était en faisant l’amour avec cette femme qu’elle apprenait à s’aimer elle-même. C’était en désirant son corps de femme que sa propre chair s’ouvrait enfin à la sensualité et à la vie. Là, elle n’était plus qu’envie. Les petits bruits étouffés qui s’échappaient de la pièce voisine aiguillonnaient son désir.

            Quand le corps nu de Raphaëlle surgit dans l’embrasure de la porte, le cœur de Camille s’emballa de nouveau. Elle ne bougea pas. Elle attendit, langoureusement exposée, que Raphaëlle la rejoignît. Celle-ci marqua une pause au pied du lit. Au fur et à mesure qu’ils remontaient le long du corps de Camille, ses yeux se noyaient de tendresse et de désir. Ils en débordèrent d’une seule larme qui ne tomba pas. D’une main ferme et douce, Raphaëlle accosta le pied de Camille et glissa sur sa jambe, puis sur sa cuisse pendant qu’elle posait un genou sur le lit. En suivant le tracé délicat des formes de son amante, la jeune femme parvint jusqu’à ses lèvres en la recouvrant délicatement de son corps. Là, elle déposa un chaste baiser avant de l’écraser de tout son poids.

– Han, tu t’es brossé les dents !

            Camille accompagna sa remarque d’un brusque roulement de hanches et à son tour, elle échappa à l’étreinte de Raphaëlle pour s’engouffrer dans la salle de bain.

            Quand elle en ressortit, la jeune femme n’était plus là. Camille s’apprêtait à tout casser quand elle entendit un bruit de vaisselle à côté. En entrant dans la cuisine, elle trouva Raphaëlle, toujours nue comme un ver, en train de faire couler le café. Une bonne odeur de pain grillé envahit ses narines et pendant une seconde, elle réalisa qu’elle avait faim. Mais elle n’arrivait pas à déterminer, parmi ses instincts primaires, lequel se faisait le plus pressant. Raphaëlle, bien plus sage, choisit pour elle.

– Mange un morceau, reprenons des forces. M’est avis qu’on risque d’en avoir besoin…

– Ah, ces jeunes, aucune endurance !

– Je te ferai regretter ce trait sans humour, menaça la jeune femme.

– J’ai hâte…

            Camille s’avança, menton levé, et caressa de ses fesses celles de Raphaëlle. Puis, elle se retourna pour passer ses bras autour de sa taille et remonter ses mains jusqu’à ses seins. La jeune femme frémit mais relança presque imperturbablement la machine à café pour une seconde tasse. Comme Camille entreprit d’embrasser doucement le cou et la nuque de Raphaëlle, le pain sursauta dans le grille-pain. Aussi promptement que possible, Raphaëlle le mit dans une assiette, attrapa le beurre et la confiture et posa le tout sur un grand plateau où le café fumait déjà.

– Si tu cesses de me faire trembler d’envie, je t’amène le petit déjeuner au lit, dit Raphaëlle.

– Si je cesse de te faire trembler d’envie, je meurs ! s’offusqua Camille en la serrant davantage. Mais je veux bien manger, si tu me promets qu’on passe le week-end au lit.

– Du chantage ? Déjà ?

– J’aurais tout aussi bien pu te dire que c’est ta patronne qui l’ordonne et l’exige…

– Et comme mes clientes sont reines…

– Tes clientes ? TES CLIENTES ?

            Camille desserra son étreinte et fit claquer ses doigts sur les fesses de Raphaëlle. Celle-ci n’eut même pas le temps de protester que Camille fuyait dans la chambre en marmonnant « ses clientes… ses clientes… ». Quand Raphaëlle la rejoignit avec son énorme plateau, Camille s’était roulée en boule sous la couette. La jeune femme déposa le petit déjeuner à son chevet et se faufila à son tour sous les draps.

– Tu ne serais pas un brin jalouse, dis-moi ?

Camille lui tira la langue et bouda de plus belle.

– Non, pas qu’un brin, visiblement… constata Raphaëlle.

– Je vais t’en donner, moi, des clientes !

            Camille fit valser la couette et bondit sur sa conquête en essayant de la plaquer contre le matelas. Mais le corps puissant et énergique de Raphaëlle la renversa comme un fétu de paille. En moins de deux secondes, elle se trouva prisonnière de ses membres musclés et tendres à la fois. Elle fit mine de se débattre mais son sourire capitulait pour elle. Quand Raphaëlle l’embrassa, Camille s’enroula autour d’elle et la serra de toutes ses forces.

– Le café va refroidir, avertit Raphaëlle.

            Et la prédiction s’avéra exacte.

*

            Camille s’était endormie sur son épaule. Le clocher venait de sonner les douze coups de midi et Raphaëlle n’était pas habituée à être couchée à cette heure-ci. Cela dit, elle n’était pas non plus habituée à cet épuisement bienheureux du corps, cet engourdissement des sens excessivement sollicités. Elle se souvenait très exactement de la dernière fois qu’elle avait ressenti cette plénitude. Alors que Camille se pelotonnait un peu plus contre elle, Raphaëlle ferma les yeux et s’abandonna au souvenir doux-amer de Dina.

            Dina Canata était de deux ans sa cadette. Fille de Peppé et Rita, les voisins bienveillants de Georges, elle avait grandi avec Raphaëlle. Mais là où la petite espagnole était un modèle de serviabilité et de discipline, la petite calabraise était un feu follet. Elle rendait sa mère hystérique et bien des fois, Rita, dans un mélange de français, d’italien et de calabrais, reniait sa propre fille en jurant sur tous les saints de la création.

            Raphaëlle s’était toujours considérée comme une grande sœur, responsable de la sécurité et des bêtises de sa cadette et malgré le caractère fougueux et déraisonnable de Dina, elles étaient inséparables. A l’école, Raphaëlle l’avait protégée ; au collège, elle lui avait évité les mauvaises fréquentations. Quand Dina était arrivée au lycée, Raphaëlle passait en terminale. La jeune fille avait connu un parcours sérieux et ne s’était jamais fait remarquer, mais les choses changèrent bien vite. Dina était devenue une brune magnifique. Presque aussi petite que sa mère, elle avait les yeux noirs et pétillants de ses origines, une belle peau dorée sans la moindre imperfection et une poitrine qui faisait baver tous les garçons du lycée. Consciente de son pouvoir de séduction, elle jouait de ses charmes avec tous ceux qui y étaient sensibles et ignorait insolemment les autres.

            Dès qu’elle faisait son apparition dans l’enceinte du lycée, un essaim de jeunes gens aux hormones en folies s’agglutinait autour d’elle. Alors, même si elles effectuaient le trajet qui séparait le lycée de chez elles ensemble, Raphaëlle s’écartait promptement. Elle ne supportait pas cet excès de popularité, d’autant qu’elle n’en était pas le centre. Cela la peinait de ne pas pouvoir trainer avec Dina. Elle avait eu du mal à renoncer à leur lien quasi sororal, mais le comportement de la jeune fille lui paraissait de plus en plus insupportable.

            Plusieurs fois, Raphaëlle avait surpris Dina en train d’embrasser un camarade. Pourtant, la jeune fille se vantait d’être un cœur à prendre. Un jour, un garçon de la classe de Raphaëlle, un tombeur notoire, s’était vanté auprès de ses copains de ses dernières prouesses sexuelles avec la petite bombe brune en 2°3. Raphaëlle, qui n’était pas bien épaisse mais mesurait déjà plus d’un mètre soixante quinze, n’avait pas réfléchi. Elle s’était ruée sur le garçon en question en lui faisant ravaler ses paroles.

            Elle n’avait jamais avoué, ni à son père, ni à la CPE, ni même à Dina, pourquoi elle s’était battue ce jour-là, et pourquoi elle avait été punie. Mais Dina n’était pas dupe. Elle l’avait cuisinée sur le trajet du retour. Elle l’avait emmenée derrière les immeubles, dans le petit parc, et elle avait insisté :

– Allez Raph, je sais qu’il a dû dire un truc sur moi, ce con, pour que tu lui rentres dedans comme ça… Qu’est-ce qu’il a dit ?

– Tu sais très bien ce qu’il a dit.

– Si je te le demande, c’est que je ne sais pas !

– Il a dit ce que vous avez fait tous les deux. Il en a parlé à tout le monde. Il a fait son beau devant tous ses potes et il a parlé de toi comme si…

– Comme si quoi ? Et qu’est-ce qu’on a fait de si extraordinaire tous les deux ?

– Comme si t’étais… une fille facile, quoi. Et tu sais très bien ce que vous avez fait.

            Raphaëlle s’était détournée. Elle n’avait pas pu supporter que Dina lui mentît, et encore moins qu’elle lui avouât ce genre de chose. Mais la jeune fille avait explosé de rire. Elle avait ri à gorge déployé et Raphaëlle n’en avait été que plus choquée.

– Ça t’amuse, en plus ?

– Ce qui m’amuse, c’est que toi, toi ! Tu l’as vraiment cru ! Que les autres le croient, passent encore, mais toi… C’est énorme.

– C’est pas drôle, Dina. Ça ne m’amuse pas. J’en ai marre d’entendre des trucs sur toi. Marre de te voir agir comme si…

– Comme si quoi ?

– Comme si… tu sais bien. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Je ne suis pas ta sœur, après tout, tu me l’as déjà bien assez répété.

– Non, tu n’es pas ma sœur. Mais je croyais que tu étais mon amie.

– Tu n’as rien à faire d’une amie comme moi. Des amis, tu en as à la pelle.

– Mais eux ne me connaissent pas. Ils peuvent penser que je suis une pute ou une sainte, j’en ai rien à faire. Mais toi, je pensais que tu me connaissais mieux que ça. Je n’ai jamais rien fait avec l’autre gland, ni avec lui, ni avec aucun autre. On s’est roulé une pelle, c’est vrai, mais il embrasse comme il parle : trop fort et trop mal. S’il raconte des bobards sur moi, c’est sans doute parce qu’il est frustré du slip. Et si ça lui fait du bien, tant mieux pour lui.

            Dina avait parlé calmement, pour une fois. Et cela avait surpris Raphaëlle. Aussi sereinement que possible, elle avait alors demandé :

– Alors pourquoi tu l’as embrassé ? Pourquoi tu les embrasses tous, comme ça ? Quelle image est-ce que ça donne de toi, Dina ?

– J’en ai rien à carrer, de mon image. Tout ce que je veux, c’est… Je veux savoir ce que ça fait.

            Raphaëlle l’avait regardée en levant un sourcil interrogateur.

– Allez, Raph… tu ne t’es jamais demandé, toi, ce que ça faisait ?

– De quoi ? Embrasser un garçon ? Faudrait d’abord que j’en trouve un qui m’en donne l’envie…

– Et un à ta taille, sans doute, s’était gentiment moqué Dina.

– Ha ha, très drôle.

– Non mais sérieusement, tu n’as jamais eu envie d’embrasser quelqu’un ? Qu’il te prenne dans ses bras ? De te sentir…

– Quoi ? Aimée ?

– Oui… aimée. Ou du moins… désirée…

– Ouais… Ben je n’ai pas envie d’être désirée par n’importe qui.

–  Tu fais encore ta Sainte Nitouche…

            Comme Raphaëlle s’était apprêtée à se lever pour laisser Dina à ses enfantillages, la jeune fille lui avait passé ses bras autour du cou. En se frottant contre elle, elle avait repris :

– Je ne te parle pas de grand amour, je te parle de désir, de curiosité… C’est normal, à notre âge, d’avoir envie d’être touchée, caressée, protégée…

            Tout en parlant, Dina avait resserré son étreinte. Raphaëlle n’avait été que trop consciente du contact de ses seins contre les siens, de ses doigts sur sa nuque, de ses lèvres dans son cou. Elle avait été incapable de bouger quand les mains de Dina avaient quitté sa nuque pour parcourir ses épaules, puis ses bras, puis ses hanches. Elle n’avait pas pu réagir quand Dina avait caressé ses fesses et les avait pressées contre elle. Elle était restée totalement figée quand la jeune fille avait plongé un nouveau regard dans le sien. Elle avait à peine tressailli quand, d’une main aventureuse, Dina était venu cueillir son sein. Elle s’était laissé faire quand, les joues rosies par son audace, la jeune fille l’avait embrassée.

            Raphaëlle n’avait pas respiré pendant toute une minute. Une longue minute pendant laquelle Dina l’avait embrassée, caressée, possédée. Quand elle avait retrouvé son souffle, elle avait eu envie de hurler. En quelques secondes, elle avait eu la cruelle impression de tout avoir et de tout perdre. Le baiser que Dina lui avait donné par pure provocation avait éveillé en elle une faim qu’elle ne soupçonnait pas mais qui, en un instant, était devenue primordiale.

            Raphaëlle avait tenté de fuir, mais Dina l’avait retenue. Alors, pour la première fois de sa vie, Raphaëlle avait hurlé sur Dina. Elle lui avait dit qu’elle n’avait pas le droit de se moquer d’elle, pas le droit de la traiter comme n’importe lequel de ces pauvres glands qui bavaient devant elle, pas le droit de la traiter comme une marionnette qu’elle manipulait à sa guise. Et comme Raphaëlle avait cherché à s’échapper pour cacher ses larmes, Dina l’avait serrée plus fort. D’une petite voix timide, sans attendre que son amie se calmât, Dina avait concédé : «  Non, tu n’es pas comme eux. Toi, j’ai envie de t’embrasser encore… »

            Raphaëlle n’oublierait jamais le regard de Dina à cet instant précis. Elle n’oublierait jamais ce sérieux si inhabituel, ce petit sourire incertain et sa lèvre tremblante. Elle n’oublierait jamais le miel de sa bouche que sa bouche goûta de nouveau. Son cœur se serra au souvenir de cette certitude qui l’avait alors étreinte. Rien ne devait jamais lui procurer plus de plaisir que de boire à sa bouche. Rien ne devait jamais plus éveiller en elle ce sentiment paradoxal de liberté et d’appartenance. Durant ces quinze dernières années, elle s’était convaincue qu’elle ne vivrait jamais plus rien d’aussi fort. Mais si Dina avait su faire naître sa passion, elle l’avait aussi piétinée. Et Raphaëlle s’était jurée de ne plus vivre un tel abandon, en aucun cas.

            Camille remua légèrement. Sa main endormie se posa sur le sein nu de Raphaëlle. Le contact était chaud et bienveillant. La jeune femme posa ses lèvres sur le front offert de son amante. Elle inspira tendrement le parfum subtil de ses cheveux et ses doigts caressèrent le bas de son dos. Avec Camille, tout recommençait. Mais avec Camille, tout était différent. Elle-même avait sans doute changé.

            Dina avait toujours joué les gros bras, mais elle était faible, bien plus trouillarde qu’il y parût. Camille était impressionnante. Quand Raphaëlle avait essayé de temporiser, de lui faire comprendre que leur relation naissante ne serait pas si simple à vivre, Camille l’avait écoutée. Elle lui avait avoué qu’elle ne savait pas très bien à quoi s’attendre. Elle lui avait confié ses réflexions et ses inquiétudes. Mais elle n’avait pas voulu renoncer. Ou « pas pu », comme elle l’avait dit. Elle avait soutenu qu’elle voulait tout vivre. Qu’elle avait bien plus peur de passer à côté de leur relation que de la vivre et d’en assumer les conséquences.

            Lors de leurs retrouvailles, la veille, il n’y avait eu aucune ambigüité. Raphaëlle n’avait pas pour habitude de séduire des mères célibataires hétérosexuelles. Depuis Dina, elle n’avait eu que de très brèves relations, purement physiques, avec une demi-douzaine de femmes rencontrées la plupart du temps au cours de soirées lesbiennes. Elle plaisait beaucoup dans le milieu, et elle le savait. Mais elle n’en jouait pas et ne courait pas derrière les conquêtes. Comme elle travaillait dans une branche essentiellement masculine, elle ne s’était jamais souciée de quoi que ce fût sur un chantier. Sa proximité avec Camille l’avait très vite interpelée. Cette femme était un trésor. Un trésor qu’elle avait trop longtemps essayé de se cacher, comme s’il s’agissait d’une boîte de Pandore.

            Maintenant que la boîte était ouverte, elle réalisait sa chance. Elle s’en voulut d’avoir bien failli la perdre à cause de sa bêtise et de ses craintes. Avec elle, Raphaëlle se sentait presque prête à affronter ses vieux démons. Mais il lui faudrait la respirer encore, la goûter encore, l’aimer, toujours plus.

       En resserrant l’étreinte de ses bras autour de Camille, Raphaëlle soupira profondément et s’endormit en pensant avec un plaisir tranquille à leur réveil.

XVIII

            Quand Camille récupéra Émile, le dimanche soir, Lucas lui trouva une petite mine. Elle lui raconta sa crève carabinée et sa semaine épuisante en omettant scrupuleusement les longues heures sans sommeil de ces deux dernières nuits. Malgré quelques assoupissements intempestifs, leurs corps s’étaient éveillés de désir sans respecter leur fatigue. Regarder Raphaëlle ou l’effleurer, c’était avoir envie d’elle. Et Camille l’avait beaucoup regardée, beaucoup touchée. Elle n’en était pourtant toujours pas rassasiée. A la seule idée de passer toute une nuit sans elle, la belle rousse implosait.

            Elle se réconforta en serrant fort son fils dans ses bras. Émile, comme toujours, débordait d’enthousiasme. Il lui raconta ses déboires de la journée sur le trajet du retour et lui posa cinquante questions sur le nouvel appartement. Il aurait souhaité que sa mère le récupère plus tôt pour l’emmener voir les avancées de la semaine, mais il était tard et ses grands-parents les attendaient.

            De retour au domicile parental, Camille affronta, rieuse, le regard lourd de questions de ses parents. Ils attendirent qu’Émile se retire pour oser demander à leur fille comment s’était passé son week-end.

– C’était… surprenant. Et merveilleux. Mais je n’en dirai pas plus pour l’instant !

            Le regard espiègle, elle ne tarda pas à prendre congé à son tour. Il était à peine plus de vingt-et-une heure mais elle avait désespérément besoin d’une vraie nuit de sommeil. Elle prit une douche rapide et se glissa dans les draps. Machinalement, elle vérifia son téléphone mais Raphaëlle ne s’était pas manifestée. Elle le mit en charge et le posa sur sa table de chevet.

            Quand sa tête creusa l’oreiller, alors qu’elle s’attendait à tomber quasi instantanément de sommeil, elle sut qu’elle n’arriverait pas à dormir. Dès qu’elle fermait les yeux, son cerveau lui repassait les images du week-end. Et elle n’avait pas besoin de fermer les yeux pour sentir le manque de son amante. L’absence de ses bras labourait ses chairs. Elle avait envie de faire le mur et de courir la rejoindre, rien que pour dormir… Si, si… Enfin… essentiellement pour dormir… Elle secoua la tête, consciente de se comporter comme une ado amoureuse.

            Amoureuse ? Oui, elle l’était. Vraiment. Ado, elle ne l’était plus. Et pourtant… Elle avait eu ces derniers jours l’impression de naître à nouveau. De se connaître, enfin. Et tout s’était passé en douceur, et tout s’était passé si vite… Elle n’avait même pas eu le temps de douter. Pas vraiment. Oh, bien sûr, elle s’était demandé si elle saurait quoi faire, avec une femme, si elle saurait comment faire avec cette femme. Mais bien vite, les questions avaient laissé la place aux certitudes. Il avait suffi que Raphaëlle la touchât, l’embrassât. Il avait suffi de ce T-shirt diaphane, de ces seins offerts, de cette peau envoûtante.

            Les mains de Camille avaient su faire ce qu’elle n’avait jamais essayé de mettre en mots. Elles avaient su être le réceptacle et la source, l’origine et la faim. Elles avaient su soumettre le corps tendu de Raphaëlle à un plaisir si violent qu’il s’était répété encore, et encore, et encore. Camille n’oublierait jamais la première fois où ses doigts, après avoir dangereusement joué avec la pointe sidérée des seins de son amante, se sont aventurés à travers les boucles brunes du sexe de Raphaëlle. Elle sentait encore cette délicieuse humidité qui l’encourageait à la caresser encore. Elle n’avait pas résisté à l’envie de prendre à pleine bouche le mamelon de la jeune femme pendant que ses doigts, qu’elle espérait ne pas être trop maladroits, courtisaient son clitoris en émoi. Elle avait suivi le rythme pressé du souffle de Raphaëlle, elle s’était laissé porter par les mouvements éloquents de ses hanches. Dans le feu de l’action, elle avait mordillé, peut-être un peu fort, le téton mûr de son amante et dans la seconde qui suivit, la jeune femme avait explosé de plaisir dans un rugissement à peine contenu. Camille se souviendrait toujours de ces palpitations au cœur des chairs tendres et mouillées sous ses doigts. De même qu’elle ne pouvait pas oublier ce qui avait suivi.

            En entraînant Raphaëlle dans son lit, Camille ne savait pas ce qui allait se passer. Mais elle savait très bien ce qu’elle espérait. Elle avait été surprise de la réaction de son corps lors de cette première étreinte dans le salon, soufflée par son orgasme aussi fulgurant qu’inattendu. Elle avait été tout aussi surprise de la réaction de son corps alors qu’elle caressait Raphaëlle et qu’elle avait senti le plaisir monter en elle. Elle avait bien failli jouir une nouvelle fois. Mais quand la jeune femme s’était remise de ses émotions, quand elle l’avait serrée fort dans ses bras et qu’elle l’avait embrassée à nouveau, Camille avait décidé de s’offrir sans réserve. Elle avait voulu tout connaître, parce qu’elle avait senti qu’il y avait encore beaucoup à vivre. Et plus que jamais, elle avait eu envie de se sentir vivante.

            Elle avait laissé courir les lèvres de Raphaëlle sur la peau de son cou et elle en voulait toujours plus. Elle les avait accueilli sur ses seins avec un soupir de plaisir. Elle les avait senties glisser sur la peau tendre de son ventre en trépignant silencieusement. Elle les avait  haïes quand elles avaient embrassé patiemment le creux de son aine d’un côté, puis de l’autre. Elle avait essayé d’être patiente, évité d’empoigner les cheveux insoumis de Raphaëlle pour la précipiter là où elle l’attendait. Elle avait supporté les petits baisers tendres à la naissance de son mont de Vénus. Et quand la langue de Raphaëlle avait serpenté jusqu’à son clitoris, Camille avait crié son consentement. La caresse de cette langue, à la fois légère et lancinante, avait eu raison d’elle en quelques secondes à peine. Comme si elle avait nourri cette faim pendant toute une vie et qu’elle était enfin satisfaite.

            Mais Raphaëlle avait eu vite fait de réveiller d’autres appétits. La première nuit, elles s’étaient aimées jusqu’à l’aube. Puis il n’y avait plus eu de nuit ni de jour. Seul leur désir avait rythmé leur vie. Jusqu’à ce que Camille se rappelle à ses devoirs maternels. Son fils resterait pour toujours sa priorité, mais il lui avait été particulièrement pénible de quitter Raphaëlle, ce soir.

            Camille consulta son téléphone. Bientôt vingt-deux heures et toujours pas de nouvelle de Raphaëlle. N’y tenant plus, elle l’appela sur FaceTime. Raphaëlle répondit dans la seconde. Elle portait son T-shirt blanc informe. Son sourire éclaira la chambre et le cœur de Camille.

– J’espérais que tu appellerais. Moi je n’ai pas osé… Comme tu n’es pas seule…

– Ma douce, tu dois tout oser, avec moi. J’ai besoin de te voir…

– Moi aussi mais…

            Raphaëlle haussa les épaules et inclina sa tête adorable, en signe d’impuissance.

– Mais rien du tout. Promets-moi qu’on s’appellera tous les soirs de cette looooooongue semaine.

– Oui.

– Tu me manques, tu sais…

            La voix de Camille était lourde de chagrin et d’espoirs. Raphaëlle lui répondit très sérieusement.

– Toi aussi, tu me manques, Camille.

– A quel point est-ce que j’aurais l’air débile si je dis que j’ai envie d’embrasser mon téléphone ?

            Raphaëlle sourit et, dans la seconde qui suivit, elle embrassa bruyamment l’écran entre ses mains. Camille, mi amusée, mi désespérée, embrassa à son tour son téléphone avant de soupirer :

– Mais qu’est-ce qu’on va devenir ?

*

            En franchissant la porte de son bureau, Camille se trouva nez-à-nez avec Anne. Elle n’avait pas encore pris l’habitude du format démesuré de sa nouvelle secrétaire. Nadine, qui s’affairait à deux pas de là, semblait être un petit elfe de bureau devant cette géante plantureuse. Elles entamaient leur dernière semaine toutes ensemble. Camille n’arrivait toujours à se faire à l’idée de se séparer de sa collègue, mais elle devait bien reconnaître qu’Anne savait se montrer efficace et à l’écoute.

            Sur le coup des dix heures, la jeune femme lui annonça que monsieur Bertot père l’attendait dans son bureau.

– V’là qu’il revient à la charge, celui-là…

            Nadine s’activa de plus belle, les sourcils froncés. Camille n’en menait pas large. Qu’allait-elle pouvoir dire au vieux monsieur ?

– Allez, Nadine, supplia-t-elle. Donnez-moi un indice, une idée à lui soumettre, n’importe quoi !

– Même pas en rêve. Je ne veux rien de sa part. Rien de la part de personne. J’ai fait mon travail. J’ai été payée pour ça, et pas si mal payée. Il ne me manque rien.

– Demandez-lui de vous payer votre voyage de noces, proposa Anne.

Camille se figea. Avait-elle bien entendu ? Nadine lança son regard le plus noir à sa remplaçante, qui replongea tête la première dans son dossier en rougissant.

– Votre… votre voyage de noces ?

La vieille dame leva les yeux au ciel et lui fit face.

– Vous… vous êtes mariée, Nadine ?

– Pas encore. J’attends d’en finir avec Payan-Bertot.

– Mais… mais pourquoi ne m’avez-vous rien dit ? Je suis tellement heureuse pour vous !

            Camille l’était, en effet, même si elle était sonnée de constater qu’encore une fois, sa secrétaire ne s’était jamais confiée à elle. Elle ravala sa peine et prit la vieille dame dans ses bras. Pour la première fois peut-être, Nadine s’abandonna de bonne grâce à cette démonstration d’affection quelque peu déplacée.

– Ne croyez pas que je voulais vous cacher quoi ce que soit, Madame Sauvan…

– Appelez-moi Camille, Nadine…Maintenant que vous partez, vous pouvez faire ça pour moi, non ?

– Bien Madame… Camille. C’est que… voyez-vous, j’ai rencontré Gérald au moment où rien n’allait plus entre votre mari et vous. Et vous étiez si déprimée que je ne voulais pas vous imposer…

– Mais… mais Nadine, au contraire ! Je suis vraiment ravie pour vous ! J’espère que Gérald saura vous mériter. Il ne connaît pas sa chance.

La vieille dame rosit légèrement. Avec une pointe de provocation dans la voix, elle osa :

– Je vous le présenterai bien volontiers, madame… euh… Camille, quand vous vous déciderez à me parler du vôtre !

            Camille manqua de s’étrangler. Ses bouleversements sentimentaux n’avaient pas échappé à sa secrétaire, et à bien y réfléchir, il n’y avait rien d’étonnant à cela. Lui parlerait-elle de Raphaëlle ? Sans le moindre doute. Elle en mourait d’envie depuis des semaines. Elle lui fit son plus beau sourire en lui proposant :

– Réservez-nous votre vendredi soir, alors. Histoire que nous fêtions cette retraite en beauté ! Et vous en serez aussi, Anne ?

            La jeune femme acquiesça avec enthousiasme et Nadine s’en montra satisfaite.

– Zut, j’ai failli oublier monsieur Bertot, réalisa Camille.

– Ne lui parlez surtout pas du mariage, s’exclama Nadine. Dites-lui de m’acheter un stylo ou une montre, comme le font tous les patrons.

– Mais… Nadine… ?

– Oh et puis flûte. Dites-lui ce que vous voulez. Après tout, ça lui fera les pieds. Allez, allez… on a du travail à faire, nous !

            La vieille dame poussa Camille, déconcertée, hors de son bureau. Celle-ci s’avança dans le couloir comme on va à l’échafaud. Que fallait-il dire ? En quoi le mariage de sa secrétaire concernait-il son patron ? En frappant au bureau du vieux monsieur, Camille ne savait toujours pas quoi dire.

– Ah ! Madame Sauvan ! Asseyez-vous, je vous en prie.

            Monsieur Bertot père était guilleret, comme à son habitude.

– Alors, qu’ont donné vos investigations ?

             Camille remuait sur sa chaise, mal à l’aise.

– Je crains d’avoir fait choux blanc, monsieur.

            Devant la mine défaite de son patron, Camille enchaîna.

– Je suis sûre que Nadine se contentera d’un beau stylo ou d’une montre, monsieur.

– Si j’avais voulu lui offrir un stylo ou une montre, je ne vous aurais pas sollicitée, répondit-il sèchement. Je ne peux pas croire que cette maudite bonne femme me…

            Patrick Bertot s’interrompit, comme s’il réalisait que Camille était dans son bureau.

– Veuillez m’excuser, Madame Sauvan. Vous n’y êtes pour rien si cette vieille bique… je veux dire… si Nadine est… Nadine. Elle va vraiment me rendre chèvre. Et pourquoi tient-elle tellement à prendre sa retraite, tout à coup ? Moi qui croyais qu’elle mourrait entre ces murs…

– Oh non ! Elle a de bien plus beaux projets, monsieur.

            Camille se mordit la langue. Devait-elle vraiment en parler ?

– Des projets ? Quels projets ? Qu’est-elle encore allée nous inventer, cette fois ?

– C’est que… Nadine va se marier, monsieur.

            Patrick Bertot se figea, l’œil hébété, la bouche ouverte. Pendant cinq longues secondes, il ne cilla pas. Puis il se racla bruyamment la gorge avant de bégayer :

– Na… Nadine ? Mariée ? Mais… mais à qui, bon sang ? Quand ? Comment ?

            Si Camille n’était pas aussi intimidée par le vieux monsieur, elle aurait sans doute explosé de rire, mais elle contint son amusement devant la gravité de son patron.

– Je ne sais pas grand chose, monsieur, si ce n’est qu’elle a prévu de se marier pour sa retraite, avec un certain Gérald. Peut-être pourriez-vous participer à leur voyage de noces ?

            Monsieur Bertot père devint brusquement tout rouge, puis tout blanc. Camille craint qu’il ne fît un malaise, mais il se remit à respirer sèchement.

– Un Gérald ? Répéta-t-il.

– Oui, c’est ce qu’elle m’a dit. Mais je n’en sais pas plus. Vous la connaissez mieux que moi, elle est très discrète sur sa vie privée.

– Un Gérald… Ma foi… Je n’y comprends plus rien…

            Le vieux monsieur se massa les tempes. Il semblait effectivement stupéfait, plus encore que Camille ne l’avait été. Devant l’hébétude de son patron, elle ne savait que faire. Après quelques secondes silencieuses, elle s’enquit de nouveau :

– Du coup, vous pensez que… vous pourriez participer au voyage de noces ?

            Monsieur Bertot père la regarda comme s’il la rencontrait pour la première fois. Il écarquilla à nouveau les yeux avant de secouer la tête :

– Euh… oui… bon… on verra. Je m’en charge, maintenant. Merci madame Sauvan.

            Camille n’attendit pas son reste. Elle sortit du bureau aussi furtivement que possible et se précipita dans le sien ; Elle mourait d’envie d’interroger Nadine sur ce qu’elle venait de vivre. D’ailleurs, elle n’y résista pas plus d’une minute.

– Nadine… Je vous en prie, dites-moi… Pourquoi monsieur Bertot était-il à deux doigts de la syncope en apprenant votre mariage ? Vous… vous avez… tous les deux…

– Non !

            La réponse de Nadine claqua, sans appel. Sans doute peut-être un peu trop fort. Consciente de la violence de sa réaction, la secrétaire adoucit son ton avant de poursuivre :

– Il ne s’est jamais rien passé entre monsieur Bertot et moi, je vous assure. Quant à comprendre sa réaction, je vous raconterai tout, si vous insistez. Mais pas avant vendredi soir. Venez manger chez moi, je vous invite, toutes les deux. Avec vos conjoints. Gérald sera ravi de cuisiner pour vous.

            Camille aurait voulu insister mais elle savait que Nadine n’en dirait pas plus. Elle était déjà bien heureuse de recevoir, pour la première fois, une invitation directe de la part de sa collègue. Etant donné le caractère entier de Nadine, elle craignait depuis quelques semaines que la vieille dame ne leur tire sa révérence et disparaisse à tout jamais. Là, elle se dit qu’avec un peu de chance, elle ne la perdrait pas définitivement. Elle avait hâte de rencontrer ce Gérald, presque autant que de lui présenter Raphaëlle. Contrairement à ses habitudes, elle décida de garder ses confidences pour ce vendredi soir. Elle espérait bien faire sensation, à la condition que Raphaëlle acceptât de l’accompagner.

            Sans attendre, elle regagna son bureau et composa un message. Elle informa sa belle espagnole de l’invitation de Nadine en précisant que ce serait un grand bonheur de pouvoir la lui présenter. La réponse de Raphaëlle ne se fit pas attendre. Le cœur de Camille manqua un ou deux battements devant l’écran de son téléphone.  « Où tu veux, quand tu veux, mon trésor ». Camille vérifia l’heure : il était à peine dix heures trente. Elle ne résisterait pas à l’idée de s’éclipser pour aller déjeuner avec elle, ou plus vraisemblablement, pour la manger.

 

A suivre…

 

Dessin de Kaete Butcher

13 réflexions sur “Du côté de chez soi (partie 10)

  1. crobe31 dit :

    Très belle suite comme toujours.
    Tu as un vrai don pour faire passer les émotions. En te lisant j’ai l’impression de revivre les débuts de ma relation avec ma femme 😊
    Une jolie histoire d’amour débute, Raphaëlle lache enfin prise et ça fait du bien.
    Pour ce qui est de Nadine, j’ai comme l’impression que ce Gérald s’appelle en réalité Géraldine 🤔
    Hâte de lire la suite 😁

    Aimé par 1 personne

  2. Samuel dit :

    La manière dont tu décris le changement de ressenti et de perspective de Camille vis-à-vis de son corps me paraît très authentique. Aurais-tu vécu cette « métamorphose », toi aussi ?
    J’admire également ta capacité à rendre l’ambiance tendre et aimante « malgré » les nombreux épisodes de sexe que comporte ce chapitre.
    Merci mille fois pour tes incroyables écrits!

    J'aime

    • pucedepoesir dit :

      Et mille fois merci pour ton commentaire, @Samuel !
      Note pour plus tard : éviter de saturer les publications de scènes de sexe… 😀
      Facebook a été bien plus violent que toi à ce propos : il a presque immédiatement censuré le lien parce qu’il trouvait la photo de couverture initiale inappropriée (je l’ai changée, depuis). On y voyait, ô misère, deux femmes enlacées et la pointe d’un sein. Intolérable atteinte à la pudeur, paraît-il…
      Quant à savoir s’il y a du vécu dans la « métamorphose » de Camille… Oui, évidemment. Malgré les sempiternels conseils parentaux et/ou amicaux, il n’est pas toujours évident de s’aimer pour ce que l’on est. Ne s’aime-t-on qu’à travers le regard de l’autre ? Non, je ne le pense pas. Mais on a bien souvent besoin d’un regard aimant pour prendre du recul sur soi, changer de perspective… C’est ce que je crois. C’est comme ça que je l’ai vécu et que je le vis encore. Et puis, au-delà d’une certaine confiance en soi ou appréciation de soi, il y a tout simplement la découverte de ce que peut ton corps en terme de plaisir… Et ça, ça change aussi radicalement la façon dont tu te vois… Enfin, toi je ne sais pas, mais moi, oui ! 😉
      Bref… à très bientôt pour la suite (enfin… c’est un « très bientôt » relatif… quelques semaines de sérieux s’imposent… mais à très vite quand même !)

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