Du côté de chez soi (partie 12)

Crédit d’image : Wikipedia : Un couple (夫婦, Fūfu), film japonais réalisé par Mikio Naruse, de 1953

Incroyable mais vrai ! Cette interminable nouvelle, en chantier depuis bientôt 2 ans, aura donc une fin ? Il semblerait que oui. Vous avez été nombreuses (et nombreux) à me demander cette suite, et j’ai essayé bien des fois de m’y remettre, sans succès. Aujourd’hui, peut-être à cause de cette étrange situation que nous vivons, ou peut-être simplement parce que Camille et Raphaëlle m’ont menacé de changer de plume, je vous livre enfin la suite (et presque fin de cette histoire). Comme je l’ai commencée il y a fort fort longtemps, je vous remets en lien le premier chapitre ET le chapitre précédent… si certain.e.s veulent dépoussiérer leurs souvenirs… Bonne lecture à vous !

Partie 1

Partie 11

XXI

Avant même que Raphaëlle ait eu le temps de passer la porte, les doigts de Camille avaient croisé les siens. Sa main, chaude et sûre, l’avait rassurée, presque autant que son sourire. Elle était entrée sous le regard curieux des Sauvan qui l’accueillaient toujours à bras ouverts. Toutefois, Émile s’était montré bien plus réservé qu’à son habitude. Il n’avait pas quitté des yeux les mains jointes des deux femmes. Il avait salué Raphaëlle d’une bise timide et s’était affairé à mettre la table en laissant les adultes s’installer dans le salon. 

Camille lui avait parlé quelques heures plus tôt. Le jeune garçon avait été pour le moins surpris. S’il avait confirmé qu’il aimait beaucoup Raphaëlle, il s’était étonné de voir que sa mère pouvait brusquement être amoureuse d’une autre femme. Il n’avait pas trop su exprimer son ressenti. Camille s’était inquiétée de le voir si désemparé. Elle avait cherché à le rassurer et à le faire parler, et bien vite, elle avait dû faire face à un flot ininterrompu de questions. Cela voulait-il dire que sa mère était « lesbienne » ? Son père était-il au courant ? Comment allait-il réagir ? Est-ce que Raphaëlle resterait son amie ? Deviendrait-elle sa « belle-mère » ? Quand sa mère se mettait en couple avec une autre femme, comment devait-on appeler cette autre femme ? Sa mère allait-elle l’abandonner pour refaire sa vie, comme son père semblait sur le point de le faire ? 

Le garçon n’avait pu cacher sa panique. Quelque part, Camille en avait été rassurée. Elle avait pris le temps de répondre à toutes ses questions du mieux qu’elle l’avait pu. Certaines devaient rester sans réponse, mais elle avait promis à son fils qu’ils en reparleraient aussi souvent que nécessaire, et que jamais elle ne l’abandonnerait, pas plus que son père, d’ailleurs.

Raphaëlle avait été prévenue de la réaction du jeune homme. Elle ne savait pas, elle-même, comment réagir. Devant l’attitude distante d’Émile, elle se sentit déchirée. Quand le garçon eut fini de mettre la table, il se retira dans la cuisine. 

Les Sauvan entretinrent une conversation d’abord légère, sur le temps des derniers jours, puis sur les avancées du chantier. Malgré sa nervosité, Raphaëlle soutint bravement ces échanges jusqu’à ce que madame Sauvan n’y tînt plus. En saisissant la main de la jeune femme, elle plongea son regard bienveillant dans ses yeux noirs et lui confia d’une voix chaude :

– Je vois que vous êtes bien plus nerveuse que lors de notre dernier diner, mais vous n’avez pas à l’être. Cela fait des années que nous n’avons pas vu Camille aussi heureuse, et son bonheur est tout ce qui nous importe. 

Raphaëlle avait cessé de respirer. Elle sourit maladroitement en cherchant refuge dans les yeux de sa compagne. Celle-ci éclata d’un rire franc :

– Respire, ma belle ! Je t’avais dit qu’ils étaient extraordinaires ! Et je ne dis pas ça parce que ce sont mes parents… Bien que… Le fruit n’est sans doute pas tombé si loin de l’arbre.

Sa fausse modestie assumée rendit enfin son souffle à Raphaëlle. Camille vint se coller contre elle et passa un bras protecteur autour de ses épaules. La belle espagnole osa alors timidement : « En parlant de fruit et d’arbre… »

Son regard, tourné vers la cuisine, était sans équivoque. En pinçant les lèvres, Camille anticipa sa question.

– Oui, ce fruit-là doit peut-être encore mûrir un peu, mais il faut sans doute lui laisser un peu de temps. 

– Je… Tu crois que je devrais lui parler ? 

– J’avoue que je n’en sais rien. Peut-être. Est-ce que tu as envie de lui parler ? 

– J’ai la trouille ! Mais… je crois que oui. 

André et Marianne, qui n’avaient rien perdu de la conversation, se levèrent d’un seul corps et s’engouffrèrent dans la cuisine. Les deux femmes entendirent Mme Sauvan demander gentiment à Émile de les laisser préparer le repas et de rejoindre sa mère au salon. 

Le garçon s’avança vers elles d’un pas incertain et Raphaëlle ne put s’empêcher de s’écarter légèrement de sa compagne. Émile, à qui rien n’échappait, leva un sourcil interrogateur et s’enfonça, face à elles, dans un fauteuil à bascule. Camille demanda :

« Tu veux boire quelque chose, mon chéri ? »

Émile secoua la tête et se balança bruyamment. Il fixait un coin de la table en baissant la tête avec un petit air coupable. Raphaëlle prit son courage à deux mains et se tourna vers Camille en disant d’une voix qu’elle espérait affirmée : « Tu devrais peut-être aller proposer ton aide à tes parents, non ? Je dois parler de quelques options de rénovation de chambre avec un de mes employeurs. Je ne voudrais pas t’ennuyer avec des détails techniques… ».

Émile stabilisa son fauteuil et posa enfin son regard sur Raphaëlle. Camille, elle, se leva et quitta la pièce en lâchant un théâtral : « Ben voyons ! L’employeuse est reléguée à la cuisine, il n’y en a que pour l’employeur ! N’oubliez pas tous les deux qui tient les cordons de la bourse ! »

L’adolescent sourit à la réplique de sa mère et Raphaëlle profita de l’ouverture :Tu crois que je l’ai vexée ? 

– Elle fait juste son intéressante. Il faut toujours qu’elle en fasse des tonnes. 

La moue rieuse du garçon rappela à Raphaëlle les traits de Camille. La jeune femme hésitait. Fallait-il qu’elle rentrât directement dans le vif du sujet ? Elle opta pour un petit détour plus léger et prit un ton professionnel.

– Cette semaine, je devrais venir à bout du gros œuvre. Il va falloir qu’on commence à se pencher sur les finitions. Auriez-vous quelques minutes à me consacrer, monsieur mon employeur ?

– Hum… Quelques minutes seulement, parce que j’ai faim !

– Entendu. 

Raphaëlle se détendit un peu, rassurée de voir que le garçon ne se fermait pas à la conversation. Un instant, ils parlèrent boutique : choix de la couleur des murs, réfection et agencement des placards, changement éventuel de la porte… Comme à son habitude, le garçon se montrait sérieux et enthousiaste. Il sembla réfléchir sur le dernier point et conclut, en se frottant le menton du pouce et de l’index, avec un petit air mystérieux :

– Il va sans doute me falloir une porte blindée…

– Pour ta chambre ? Tu as donc tant de trésors que ça à cacher ?

– Ben non, moi je n’ai rien à cacher… mais si je dois vivre avec deux femmes, il faut que je puisse me mettre à l’abris !

Raphaëlle s’étrangla. Vivre avec deux femmes ? Où était-il allé chercher une idée pareille ! Son cœur s’emballa. Elle avait saisi le reproche sous-entendu et elle craignit que la situation ne lui échappât. L’adolescent la regardait en arborant un demi sourire gêné. Finalement, c’était lui qui avait tendu la perche et il semblait attendre sa réponse pour respirer à nouveau. La jeune femme se racla nerveusement la gorge en cherchant ses mots.

– Émile… Je… Je ne veux rien te cacher non plus. Et tu n’auras pas à te protéger de moi, jamais. 

Le jeune garçon baissa à nouveau les yeux. Raphaëlle avait l’impression d’avoir le destin du monde entre ses lèvres. Elle espérait pouvoir trouver la parole juste, les mots qui soignent, en évitant ceux qui blessent. Elle mesura alors la tendresse sans borne qu’elle ressentait pour cet adolescent si singulier. Elle détestait l’idée de le voir souffrir de cette situation et elle ne supportait pas de le voir si vulnérable. Émue, mais forte de sa sincérité, elle poursuivit :

– Tu sais, je ne sais pas comment je réagirais à ta place. Je ne sais même pas comment je dois agir à la mienne. 

Émile la regarda à nouveau, intrigué. 

– Je ne sais pas ce que je suis censée te dire mais est-ce que tu veux bien que j’essaie de te parler quand même ? 

Il acquiesça silencieusement et se cala au creux de son fauteuil, les bras croisés. Raphaëlle prit une grande inspiration et se lança. 

– Bon. Comme je te l’ai dit, il y a beaucoup de choses que je ne sais pas. Mais je peux commencer par te dire ce que je sais. 

Elle se repositionna sur le rebord du canapé, posa ses avant-bras sur ses genoux et croisa ses doigts et se pencha en avant, sans quitter le jeune homme des yeux. 

– Je sais qu’il y a quelques semaines, je vous ai rencontrés, tous les deux. Vous, vous aviez besoin d’un maître d’œuvre / maçon / plombier / électricien / carreleur / peintre, bref, un esclave du bâtiment, pour essayer de rendre vivable cette pustule qu’on vous a vendu…

Émile sourit malgré lui et se mordit la lèvre pour essayer de retrouver un visage sérieux. Raphaëlle poursuivit :

– Et moi, je cherchais… des amis. Parce que je suis une sauvage, tu vois. Je ne savais même pas que je pouvais manquer d’amis. Je n’en étais même pas consciente. Mais d’un seul coup, vous étiez là. Et même si je sais que ça a été dur pour toi de me faire confiance, parce que tu pensais que j’étais un vampire…

Cette fois, Émile eut un petit éclat de rire qu’il étouffa aussitôt. 

– Même si tu n’étais pas très rassuré, tu m’as fait confiance. Et peut-être qu’aujourd’hui, tu as l’impression que… je t’ai trahi ? 

Le garçon fronça les sourcils. Il pencha la tête sur le côté et répondit avec pondération :

– Oui, je me suis peut-être senti un peu trahi, comme quand Evan a préféré faire équipe avec Louis au tennis, parce qu’il est meilleur que moi. Evan, c’est mon meilleur ami. Louis est cool aussi, mais il ne parle que de filles et de sport. Alors qu’Evan et moi, on joue aux mêmes jeux et on traîne toujours ensemble, depuis le CP. 

Raphaëlle sourit. C’était étrange de voir à quel point l’adolescence était une période complexe : Émile était un savant mélange de maturité et d’ingénuité. Elle avait conscience de sa fragilité, mais, comme Camille, elle voulait croire en sa force. Il continua :

– Quand maman m’a dit, pour vous deux, je me suis senti un peu trahi comme avec Evan, parce que je croyais que c’était moi, ton meilleur ami… Et qu’elle c’était… celle qui tire les cordons de la bourse… Mais depuis, j’ai réfléchi. Toi, tu es lesbienne, pas vrai ?

La jeune femme ne recula pas devant le sérieux du garçon. 

– Oui. 

– Et tu es amoureuse de ma mère ? 

– Oui… complètement. 

– Bon. Je crois que ma mère t’aime aussi. Elle l’a même dit à papi et mamie. Et si vous vous aimez, vous allez vouloir vivre ensemble, non ? 

A nouveau, Raphaëlle manqua d’air. Elle tacha de reprendre contenance avant de de répondre :

– Nous n’en sommes pas encore là, Émile, pas du tout ! Ça fait à peine quelques jours que…

– Mais, l’interrompit-il, les gens qui s’aiment veulent vivre ensemble, non ? 

– Si… mais ce n’est pas pour tout de suite. Rien ne presse, tu sais. Et puis je ne m’imposerai jamais. Quand ce sera le moment d’en parler, tu seras le premier à avoir ton mot à dire.

– Mais quand vous vivrez ensemble, il faudra que je vous laisse tranquille ? Comme avec Leïla ?

Le jeune homme semblait sincèrement inquiet. La belle brune était perplexe.

– Qui est Leïla ?

– C’est la nouvelle femme de papa. Elle est enceinte, mais il ne faut pas que je le dise, pour l’instant, même pas à maman. Ils m’ont fait promettre.

Raphaëlle comprit alors ce qui agitait le jeune homme. Elle reprit de sa voix la plus douce :

– Émile, tu ne seras jamais de trop, ni pour ta mère, ni pour ton père… ni pour moi. Tu sais… Je ne pense pas que tout cet amour qu’il y a entre ta mère et toi soit incompatible avec celui que je ressens pour elle, ou avec notre amitié, à toi et moi. Tous les deux, vos formez un foyer magnifique, un foyer qui ressemble un peu à celui que je peux former avec mon père. 

– Et ta mère ? Elle est partie ? 

– Ma mère est morte, il y a longtemps.

– Pardon. 

Le jeune garçon se mordit à nouveau la lèvre, comme s’il avait dit une bêtise. 

– Tu n’as pas à t’excuser, Émile. Elle est décédée quand j’étais jeune. J’ai grandi avec mon père et c’est lui qui m’a appris tout ce que je sais faire maintenant. On est très complices, tous les deux, comme ta mère et toi. On est une famille à nous deux. Toi, tu as peut-être l’impression d’avoir deux familles, maintenant ? 

– Oui, parfois. Mais parfois j’ai peur de ne plus en avoir du tout. 

– Ça, ça n’arrivera jamais. Tu as ta place dans le cœur de tes deux parents, et ça, ça ne changera jamais. 

Le garçon hocha la tête, comme pour acquiescer, mais il enchaîna aussitôt :

– Oui, mais les choses ont déjà changé. Papa va redevenir « papa » et Leïla et lui vont sûrement se marier. Et puis maman, qui était avec papa, va devenir lesbienne, comme toi. Ça aussi, ça change. 

– C’est ce qui te fait le plus peur ? Le changement ?

– Un peu oui. Parfois, j’aime quand ça change. Par exemple, j’aime qu’on ait changé de prof d’Anglais, cette année, parce que Mme Wendling nous mettait toujours des mauvaises notes et qu’elle sentait le poireau. Mais parfois, le changement, ça fait peur. 

Encore une fois, la candeur du garçon fit sourire Raphaëlle. Elle tenta néanmoins de garder son sérieux en répondant :

– Je ne sais pas ce que le remariage de ton père changera pour toi, mais je peux comprendre que le fait que ta mère devienne…

– Lesbienne, termina Émile, comme toi.

– Oui…

Pourquoi Raphaëlle avait-elle tant de mal à employer ce mot ? Sans doute parce qu’elle s’adressait au rejeton adolescent de la femme de ses rêves, un mercredi soir, avant de diner avec ses « beaux-parents » de trois jours, dans la salle-à-manger familiale. Décidément, les choses s’étaient emballées… 

– Oui, reprit-elle. Lesbienne… ou du moins, qu’elle ait une relation avec… moi, une femme. Ce changement-là, ce doit être un sacré bouleversement pour toi. Est-ce que tu veux en parler ?

Le garçon haussa les épaules. Ne sachant s’il s’agissait d’un acquiescement ou d’une silencieuse indifférence, Raphaëlle attendit, dans l’expectative. 

– Je n’avais jamais pensé que ma mère pouvait être attirée par des femmes, lâcha-t-il avec un sérieux déconcertant.

– Oh… je crois qu’elle n’y avait jamais vraiment pensé non plus. Est-ce que ça t’inquiète ?

– Ça ne m’inquiète pas trop, parce que c’est avec toi. Mais ça fait bizarre.

– Oui, ça, je veux bien te croire. 

– Est-ce que…

Émile marqua un petit temps d’hésitation. Il baissa à nouveau les yeux, frotta nerveusement ses deux pieds l’un contre l’autre, puis termina sa question d’une petite voix timide :

– Est-ce qu’on peut vraiment rester amis, toi et moi ? 

– Ah ! Ça…

Raphaëlle fit mine d’hésiter. Dans sa cage thoracique, son cœur battait la chamade. Elle aurait voulu fondre sur lui et le prendre dans ses bras, mais elle fit une petite moue incertaine et rajouta, non sans sourire :

– Je ne sais pas si je pourrai supporter l’idée de rester amie avec quelqu’un qui m’a prise pour un vampire…

Émile sourit à son tour et répondit du tac-au-tac :

– N’empêche, j’avais peut-être raison… T’as bien mordu ma mère, en quelque sorte, et elle est devenue lesbienne… Qui sait ? T’es peut-être vraiment envoyée par le Comte pour recruter une nouvelle épouse…

– Ah ça non ! Je la garde pour moi !

Les mots avaient fusé sans que Raphaëlle pût les contenir. Émile rit franchement sans se préoccuper de la gêne de la jeune femme. Ils entendirent un fracas insistant de casseroles dans la cuisine : les autres s’impatientaient et le diner était prêt. Raphaëlle se leva pour aller s’agenouiller à côté du garçon.

– Si je te promets que je ne suis vraiment pas un vampire, est-ce que tu acceptes que je… fréquente ta mère ?

– D’accord, mais je veux te voir manger de l’ail, ce soir… Il me faut des preuves !

– Vendu. 

Émile saisit la main que Raphaëlle lui tendait et la secoua vigoureusement. Le diner pouvait enfin commencer. 

*

Camille regardait son fils dormir du sommeil du juste. La soirée avait été forte en émotions. Quand Raphaëlle était partie, il était venu lui rapporter leur conversation. Il l’aimait vraiment beaucoup, cela se voyait dans sa façon d’évoquer « son amie vampire ». Il lui avait dit qu’il aimait bien parler avec elle, et qu’il espérait que cela ne changerait pas, « après, enfin… maintenant que… ». Et puis elle avait mangé de l’ail, pour du vrai. Il était rassuré. 

Quelques instants plus tard, c’était avec Raphaëlle que Camille avait revécu leur conversation. Elle aussi lui avait tout raconté dans les moindres détails, si bien que la belle rousse avait presque l’impression d’y avoir participé. Elle avait fait taire toutes les inquiétudes de Raphaëlle, les unes après les autres, et elles avaient raccroché en se murmurant des mots tendres.

Camille referma la porte sur le souffle régulier d’Émile. En glissant dans ses draps, elle repensa au secret que son fils avait fini par lui avouer. Leïla était enceinte. Lucas construisait une nouvelle famille. Elle ne put s’empêcher de penser que, quelques semaines plus tôt, cette annonce lui aurait probablement plombé le moral. Son ex-mari avait tout à fait le droit au bonheur, elle en était consciente. Et elle savait bien que Lucas avait toujours rêvé d’une famille idéale. C’était un excellent père et sans doute aussi, il fallait bien le reconnaître, un bon mari. Leïla et lui étaient chanceux de s’être trouvés. Et elle ne doutait pas qu’Émile aurait une place au premier rang au sein de leur foyer. Quelques semaines plus tôt, elle aurait beau eu être lucide sur la situation, elle n’en aurait pas moins été un peu jalouse, car depuis leur séparation, elle avait trop souvent eu l’impression de mettre sa vie entre parenthèses. Elle avait beau avoir anticipé cette éventualité, la grossesse de Leïla aurait bouleversé sa stabilité émotionnelle. 

Mais ce soir-là, après ce repas partagé avec son fils, ses parents et la femme qu’elle aimait, Camille n’arrivait pas à être jalouse. Elle avait la curieuse sensation que ce qui se passait dans sa vie à elle valait mieux que tous les bouleversements bienheureux qui arrivaient aux autres. Mieux qu’une grossesse. Mieux qu’une banale rencontre amoureuse. Mieux qu’une promotion professionnelle inespérée. Mieux qu’un ticket gagnant de l’EuroMillions. Mieux. Ce qui lui arrivait, à elle, c’était Raphaëlle. 

Quelque part, loin dans son subconscient, elle savait bien que cet état d’euphorie amoureuse ne serait que passager : elle ne pouvait pas, dans ses limites d’humaine, faible et mortelle, vivre durablement dans cet état euphorique. D’ailleurs, elle était tellement excitée, que cela ne servait sans doute à rien de se coucher. Elle n’arriverait jamais à fermer l’œil. Lucas allait avoir un bébé avec Leïla. C’était merveilleux. Il avait refait sa vie et elle aussi était sur le point de construire quelque chose d’époustouflant, d’inattendu, de renversant avec Raphaëlle. Peut-être qu’elles aussi formeraient bientôt un nouveau foyer. Peut-être même que Raphaëlle voudrait un enfant. A quoi pourrait ressembler un enfant de Raphaëlle ? 

Camille ferma les yeux quelques secondes pour imaginer un visage poupon avec les traits de son amante. Elle s’endormit en berçant un bébé brun aux beaux yeux noirs en amande.

XXII

Le rire d’Anne était contagieux. Dans le bureau exigu, les trois femmes riaient de concert quand Monsieur Bertot père frappa et ouvrit la porte. 

– Ah, Nadine, vous êtes là. Très bien.

– C’est ici que je travaille pour une quinzaine d’heures encore, monsieur Bertot.

Anne et Camille réprimèrent leurs rires. Le vieux monsieur semblait fatigué et nerveux. Sans passer le pas de la porte, il poursuivit d’un ton bourru :

– Certes… Demain soir, nous fêterons votre départ comme il se doit. Vous aurez droit à notre traditionnelle réception en salle de réunion, à partir de 17h30. Vous… vous pourrez venir accompagnée, bien sûr. Je vais envoyer un mail à tout le monde, mais je voulais vous en informer avant. 

– Ce ne sera pas nécessaire, monsieur. 

Bertot tiqua à cette réponse.

– Comment ça, pas nécessaire ? Ce n’est pas une suggestion, c’est un fait : vous, plus que quiconque, faites partie de cette entreprise et ce depuis des lustres. Vous aurez votre pot de départ demain soir. Ne vous faites pas prier !

– Je ne peux pas, demain soir, monsieur. Je reçois du monde chez moi. 

Camille et Anne s’apprêtaient à intervenir, arguant qu’elles pouvaient toujours décaler, mais le regard lourd de Nadine les en dissuada. Monsieur Bertot devint tout rouge et reprit en criant presque :

– Eh bien si madame est prise demain soir, madame choisira un soir de la semaine prochaine et nous fera l’honneur de revenir pour son pot de départ ! Voilà ! Et ne vous avisez pas de vous défiler ou je viens vous chercher par la peau des fesses !

Et il partit en claquant la porte et en marmonnant des phrases inintelligibles mais vraisemblablement injurieuses à l’encontre de la future retraitée. Nadine rit de plus belle, mais Anne et Camille la regardaient, interloquées. 

– Nadine, vous n’envisagez pas sérieusement de partir sans votre petite fête ?

– Si, je l’envisage très sérieusement. 

– Mais Nadine… 

– Je n’ai pas besoin de ce bal d’hypocrites et d’un défilé de collègues mi désolés mi ravis de mon départ. Je n’ai pas non plus besoin d’une énième soirée alcoolisée, où Autran va coller ses mains sur tous les culs potables de la boîte, où Brigitte et Sonia vont finir en pleurs alors qu’elles ne m’apprécient même pas, et où je vais devoir saluer et remercier tout le monde alors que je n’ai d’estime que pour les deux personnes qui sont dans ce bureau. Non, ma soirée de départ en retraite, ce sera bien demain soir, chez moi, avec vous. 

Le ton de la vieille dame était si catégorique que Camille n’osa répondre, mais Anne, elle s’y risqua, et avec fougue : 

– Mais Nadine, faites-le pour nous ! Moi je n’ai jamais vu ce rasqueux d’Autran avec quelques verres dans le nez… Cela dit, j’avais déjà constaté qu’il pouvait avoir les mains baladeuses… Et puis moi je veux vous remercier devant tout le monde ! Et je veux qu’on vous élève une stèle, un monument, une pyramide !

– Les pyramides étaient des tombes, Anne. J’espère bien profiter de ma retraite un certain temps avant qu’on ne m’enterre. 

Camille avait la gorge serrée. Nadine allait cruellement lui manquer. Elle n’arriverait pas à travailler aujourd’hui. Elle n’avait pas le cœur à s’adonner à ces tâches bassement capitalistes. Quand il fut près de midi, elle proposa à ses secrétaires de les inviter au bistrot du coin et personne ne refusa.

*

            « Je suis sûre que tu y es encore, alors arrête de travailler et va prendre ta douche, je passe te chercher dans 45 minutes ». 

Raphaëlle lut le texto et obéit dans la seconde. Elle rangea rapidement le chantier, nettoya grossièrement et sortit presque en courant. « Que tu es docile ! » se morigéna-t-elle en sautant dans sa voiture. 

Trois quarts d’heure plus tard, elle s’engouffrait, tout sourire, dans le carrosse de sa dulcinée, les cheveux encore un peu humides mais la gorge sèche et les mains moites. Comme Camille l’accueillait d’un langoureux baiser, elle répondit par une question :

– Tu es sûre de vouloir me présenter à tes collègues ? Tu ne leur as toujours pas dit que j’étais une femme ? 

– Oui, j’en suis sûre, et non, toujours pas. J’avais trop envie de leur faire la surprise ! Et puis j’ai comme l’impression qu’il faudrait bien plus que tes larges épaules, tes seins magnifiques et ton sourire ravageur pour les choquer, ces deux-là !

– J’ai un sourire ravageur ? demanda innocemment la belle brune en dévoilant ses deux rangées de dents. 

– Pour toute réponse, Camille l’embrassa à nouveau. Cette femme pouvait lui faire faire tout et n’importe quoi : par la seule promesse de ses lèvres, Raphaëlle se sentait prête à affronter toutes les secrétaires du monde !

*

Nadine habitait une petite allée reculée sur les hauteurs de Grasse. Il faisait nuit noire depuis un moment quand elles arrivèrent, mais cela ne les empêcha pas de remarquer la ville éclairée en contre-bas. Dans la journée, sa secrétaire devait avoir une vue magnifique sur la Côte. Elle pouvait sans doute voir jusqu’à la Corse, les jours de grand vent.

La voiture d’Anne n’était pas encore là. 

– Nous sommes les premières, mon ange. 

– Super…

Raphaëlle sortit de la voiture en se tortillant comme un enfant récalcitrant. 

– Tu sais que tu es trop mignonne, quand tu es nerveuse ? se moqua sa compagne. 

– Camille…

– Et j’adore quand tu dis mon prénom. 

Pour se faire pardonner sa petite moue taquine, Camille cueillit un nouveau baiser sur les lèvres de son amante. La porte s’ouvrit alors, sur une Nadine radieuse. 

– Il me semblait bien avoir entendu une voiture… Entrez, je vous en p…

Nadine s’interrompit en découvrant la destinataire du baiser de sa patronne. Pendant une seconde, elle sembla choquée, ou du moins surprise… Puis une autre seconde : le regard de son ancienne secrétaire paraissait bien loin tout à coup, comme si elle était brusquement ailleurs. Camille, soudain inquiète, ne savait comment réagir. Elle-même était déconcertée par la transformation de sa secrétaire. Elle l’avait vue, quelques heures plus tôt, austère, vieille et revêche, quittant sans un regard la boîte pour laquelle elle avait travaillé près de quarante ans. Et c’était une Nadine transfigurée qui leur avait ouvert la porte. 

Elle arborait une magnifique robe fleurie que Camille ne lui avait jamais vue. Sa coupe mettait ses formes graciles en valeur et ses couleurs, bien plus printanières qu’hivernales, relevait son teint. Elle était maquillée, et c’était bien la première fois que la jeune femme la voyait aussi bien apprêtée. Elle avait, en quelques heures, rajeuni d’une bonne dizaine d’années. Mais son sourire de bienvenue s’était effacé pour laisser place à cet air absent. Camille croisa alors le regard affolé de Raphaëlle. Celle-ci semblait prête à s’enfuir. La belle rousse lui saisit la main et se tourna vers leur hôtesse.

– Nadine ? J’ai bien failli ne pas vous reconnaître… Vous êtes superbe !

Il n’en fallut pas plus à Nadine pour retrouver ses esprits. Elle n’avait pas quitté Raphaëlle des yeux, même s’ils avaient paru regarder ailleurs, un instant. Cette fois, elle la dévisagea, retrouva son plus beau sourire et lui tendit une main chaleureuse. 

– Alors c’est vous, mademoiselle, l’homme mystère qui s’est emparé du cœur de Mme Sauvan ! Enchantée, je suis Nadine. 

– Nadine ! Mme Sauvan, c’est ma mère. Appelez-moi Camille, par pitié. Et je vous présente Raphaëlle, mon… homme-mystère.

Raphaëlle s’approcha pour lui serrer la main, mais Nadine ne put s’empêcher de l’enlacer et de l’embrasser bruyamment sur les deux joues. A son grand étonnement, Camille reçut le même sort la seconde suivante. Son ancienne secrétaire semblait toute émue, tout à coup : elle ne la reconnaissait pas dans ces démonstrations d’affection. Comme Nadine les y invitait, elles entrèrent enfin se mettre au chaud. 

Camille était rassurée. L’incident diplomatique auquel Raphaëlle s’attendait était évité. Sa secrétaire semblait s’être tout à fait remise de sa surprise. Elle les débarrassa de leur veste et les pria de passer au salon où elles furent accueillies par un agréable feu de cheminée. 

– Gérald ? Tu peux venir une minute ? Mme Sauvan… euh… Camille est arrivée.

La cuisine était ouverte sur le salon / salle-à-manger et il ne fallut pas deux secondes audit Gérald pour apparaître sous leurs yeux. Il s’avança vers elles en tendant une main fraîche, affichant un sourire amical. Camille tenta, sans doute vainement, de cacher sa surprise. Sous un tablier immaculé, Gérald était tout de bleu marine vêtu. C’était un très bel homme, à la mâchoire carrée, au visage soigné et au corps merveilleusement bien entretenu. Plutôt grand, les cheveux mi-longs d’un brun de jais, aussi foncés que ceux de Raphaëlle, il ne semblait pas avoir plus d’une quarantaine d’années.

Il les salua toutes deux chaleureusement en s’excusant de devoir les abandonner presque aussitôt pour vaquer à ses obligations culinaires. Il déposa, avant de filer, un tendre baiser sur les lèvres de sa compagne, qui rosit de plaisir. 

– Comme vous l’aurez constaté, confirma Nadine, Gérald est… un peu plus jeune que moi… Et oui, c’est un euphémisme. 

Les deux jeunes femmes sourirent de concert. Et ce fut Raphaëlle qui réagit la première :

– Et comme vous l’aurez constaté, je ne suis pas vraiment un « Homme-mystère »… Je ne saurais déterminer laquelle de vous deux détient la palme du « compagnon » le plus surprenant…

Nadine et Camille échangèrent un regard complice et les trois femmes rirent en s’installant près du feu. L’hôtesse s’apprêtait à leur proposer quelque chose à boire quand un bruit de moteur et de portières se fit entendre. Elles se levèrent toutes trois pour aller accueillir les nouveaux arrivant.

Quand Nadine ouvrit la porte, Anne et son exubérante poitrine ostensiblement décolletée leur fit face. Elle rentra en se jetant dans les bras de ses collègues comme si elle ne les avait pas vues depuis une éternité. Derrière elle, un petit homme noir semblait se cacher. Anne l’attira dans son sillage en l’agrippant d’une main ferme. 

– Viens, Eugène, que je te présente ! 

Eugène semblait aussi réservé qu’Anne était expansive. Il avançait avec grâce et légèreté alors qu’elle paraissait aussi délicate qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. De petite corpulence, sans doute moins d’un mètre soixante-dix, les cheveux presque rasés, le corps moulé dans un jeans et un pull des plus seyants, il ressemblait à une statue d’ébène tout en finesse et tout en muscle. 

– Eugène, voici Nadine et Camille. 

– Enchanté mesdames. J’ai beaucoup entendu parler de vous !

Il leur serra tour à tour la main. Quand il arriva à Raphaëlle, Camille la présenta, non sans guetter leur réaction.

– Anne, Eugène, voici Raphaëlle, ma compagne. 

– Ah ! J’étais sûre que vous nous cachiez quelque chose de croustillant ! Et je ne suis pas déçue ! Elle est sublime, s’extasia Anne en parcourant de haut en bas et de bas en haut le corps de la belle brune.

– Bébé, enfin ! s’indigna Eugène.

Nadine et Camille pouffèrent de rire. En une minute, les nouveaux arrivant furent débarrassés de leurs vestes et tout le monde s’engouffra dans le salon.

– Finalement, c’est peut-être Anne qui remporte la palme, s’esclaffa l’hôtesse.

– Une palme ? J’adore ! Quelle palme ? demanda Anne aux aguets.

– Attendez… vous devez d’abord leur présenter Gérald, modéra Raphaëlle.

– Ah ! C’est vrai… Gérald, viens mon chou, Anne et Eugène sont arrivés !

Il leur fallut bien une dizaine de minutes de débat pour conclure que le match était nul, mais la soirée leur réservait encore quelques surprises. Camille était aux anges. Raphaëlle s’était détendue. Elle riait avec Nadine et Gérald et elle semblait avoir pris Eugène sous son aile. Seule Anne l’impressionnait encore. 

Le diner s’était écoulé dans les rires, les délires et les confidences chaleureuses de toute cette joyeuse équipe. Leur hôte les avait régalés de mets tous plus délicieux les uns que les autres. Ils envisageaient une dernière part de dessert quand Camille osa enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis des jours et des jours :

– Dites, Nadine, maintenant que vous êtes partie, vous pouvez nous le dire : qu’est-ce qui s’est passé entre les Bertot et vous ? 

Nadine s’apprêtait à esquiver la question en balayant l’air d’un revers de main, mais c’était sans compter sur la curiosité, désormais piquée, d’Anne et son opiniâtreté insistante.

– Oh oui ! Dites-nous, Nadine, dites-nous ! Vous aviez promis ! Dites-nous !

Cherchant un soutien dans les yeux de son cher et tendre, l’hôtesse dût se résigner quand celui-ci déserta la table en prétextant qu’il fallait remplir le lave-vaisselle.  

– Ah le traître… On ne peut pas compter sur la jeunesse !

La voix de Gérald se fit entendre du fin fond de la cuisine : « Je t’ai entendue, mon amour, et ma vengeance sera terrible ! ». Les bruits de vaisselle qui suivirent abandonnèrent Nadine à son sort. Elle sembla se résigner, enfin. Alors qu’elle allait parler, elle plongea son regard dans les yeux de Raphaëlle. Comme à leur arrivée, Camille eut l’impression que le regard de sa secrétaire s’était noyé en chemin. Mais cette fois-ci, leur hôtesse se reprit presque instantanément et se leva d’un bond. Elle se dirigea vers le buffet et sortit deux ou trois bouteilles ainsi que des petits verres. 

– Pour me faire parler de ça, il vous faudra me faire boire encore un peu… Qui veut un petit digestif ?

A suivre…

11 réflexions sur “Du côté de chez soi (partie 12)

  1. Pepita dit :

    Enfin, enfin, enfin ! Mais je n’ai pas trouvé le récap comme sur Netflix ?!?
    Ton écriture n’as rien perdu durant toutes ces années de silence… On se laisse facilement bercer par ces scènes croquées, paraissant plus vraies que nature et en même temps si bien romancées.
    Espérons que la saison prochaine soit pleine de rebondissements et de coups de théâtre haletants.
    En tout cas, je suis ravie que l’autrice de cette « nouvelle » s’intéresse ENFIN à mon personnage préféré : Nadine !
    Vite, la suite !

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    • pucedepoesir dit :

      J’ai hésité, pour le récap’, @pepita… mais il aurait fallu tout relire… résumer… Trop la flemme ! Et puis ça aurait sans doute reporté la publication de 2 ou 3 mois…
      J’ose croire qu’on ne m’en tiendra pas rigueur !
      Pour Nadine, sois encore un peu patiente. A ce rythme, tu auras la fin dans 2 ou 3 ans… 😉

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    • pucedepoesir dit :

      Ce que j’attends ?
      Ma femme passe mon temps à me rappeler que je n’ai pas terminé mes copies ni préparer le contrôle à faire demain aux 5e, que les vacances sont terminées, que je ne suis pas sérieuse, que nous ne sommes pas reconfinées et qu’il faudrait penser à m’y remettre.
      Oui, ma femme est la voix de ma raison… Ma femme EST ma raison.
      Nadine ne fait pas le poids… 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Eclyptia dit :

    Quel plaisir, mais quel plaisir de recevoir ce matin un joli mail annonçant la suite de cette nouvelle !
    J’ai retrouvé Raphaëlle et Camille avec émotion, j’ai découvert avec tendresse Emile sous un nouveau jour, j’ai ri devant l’humour décapant de Nadine, bref, j’ai passé un excellent moment de lecture ! Merci mille fois de nous avoir offert cette suite, et qui sait, peut-être bien que nous aurons même la fin un jour !! 😉

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  3. nono080 dit :

    L’attente fut longue et il a bien fallu s’armer de patience pour ne pas harceler l’auteur. Quelle plaisir d’avoir des nouvelles de Camille et Raphaëlle. Et quel talent de la part de l’auteur de nous faire ressentir tant d’émotions. Merci

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