Fruit

Parce que la poésie, c’est la vie… 

 

 

 

Fleur

 

Je suis le fruit d’une généalogie déflorée dans la plus grande pudeur protocolaire.

Corollaire d’hyménée, je bulbe à la sève ombilicale et m’embryonne à la patience enflée de mon horizon amniotique.

Mon éclosion délicate ne se peut qu’au plus silencieux de la nuit, dans la discrétion du miel que l’on sécrète, dans la subtilité du nom babillé.

Je suis le fruit de l’irréfutable, du plein et du monde, né de chair et de pépins, à l’affût de mon souffle.

Je suis le fruit.

 

 

 

Vert

 

Je suis le fruit, innocent et fier, tendu à ses branches, offert aux papillons.

Le soleil, même dans ses couleurs provençales ne me fait pas plisser le regard. J’absorbe son spectre et m’y reflète, monochrome.

Verte, ma vertu, docile encore.

Verte, la courbe de mes inclinations.

Verte, la moisson de mes aventures idéelles.

Verte, verte à perte de nues.

Même sans venin, l’acidité attise la moindre étincelle en catastrophe surnaturelle.

Je suis le fruit qui grandit à l’amer du flux et du reflux, mouvement perpétué de l’irrationnel.

Je suis le fruit adulescent, vert jusque dans sa fleur de peau. Et je crie.

Je suis le fruit.

 

 

 

Mûr

 

Je suis le fruit, mûri à point et à virgule, accroché en pointillés aux suspensions de l’histoire.

Je suis au meilleur de moi-même, chair exquise et élixir réalisé du délire devenu désir.

Je regorge de mots, denses et généreux, que contiennent à peine mes téguments à vif.

Enveloppe de sens et d’émotions, ma peau aime.

Elle s’abandonne aux caresses vitales ou virales et se toque du monde autour et ailleurs.

Ma peau aime et craque en poésie.

Elle exsude ses mots dédiés en poèmes aux demains qui pourraient me cueillir.

Je suis le fruit offert au possible qui saisit, libre d’écorcher ou d’accompagner.

A mon tour, je fructifie ma substance charmée et me couche à la feuille capiteuse des cadences digitales, pourpre et mûre à souhait.

Je sais la vie.

Je suis le fruit.

 

 

 

Ver

 

Je suis flétri.

Ma peau aime dans chacun de ses plis.

Elle se détend pour laisser de la page aux poèmes dermophages : ils m’effeuillent en mille et pâtissent des tremblements intrinsèques de ma pulpe habitée.

Je suis riche d’être plus d’un être.

Mes vers ne me creusent pas. Ils me prosent et m’exposent en galeries ouvertes aux quatre temps. Ils m’accordent et me délivrent à la terre avant même que je ne la regagne.

Mon cycle ne se termine pas à ma chute.

La vermine le complète et le répète en murmures mémoriels.

J’étais ce fruit, de chair et d’encre sucrée, de peau tendue et de vers. J’étais ce fruit aux saveurs éloquentes, fertiles et plurielles. J’étais ce fruit dont le goût résonne encore aux caresses du monde.

Je suis le fruit.

 

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